Classification des jeux vidéo : éclairage aux parents 2/2

La semaine dernière je vous ai laissé sur le manque de responsabilité des parents face à la classification des jeux vidéo. Et parce que il ne semble pas possible de responsabiliser face à un système souvent reconnu comme « ne servant pas à grand chose », recherchons ensemble des solutions pour que l’éducation aux jeux vidéo soit véritablement au service de la famille, et pas seulement une faille dans laquelle les enfants s’y retrouve. 

The Last Of Us, véritable claque vidéo-ludique, mais déconseillé aux moins de 18 ans.

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Il est tout d’abord essentiel de comprendre que le but d’une éducation au jeu vidéo n’est pas d’adopter une démarche par trop extrémiste : à savoir qu’il ne faut pas non plus opter pour une démarche diabolisant les jeux vidéo. Ce n’est pas le propos qui sera tenu dans ce billet. Ce qu’il faut, c’est un juste milieu, difficile à atteindre quand on est face à un média dont on ne connait pas toutes les facettes. C’est là où l’enjeu de s’intéresser aux jeux vidéo, même quand on est un novice devient une démarche incontournable.

Il permet, d’une part, de donner raison à une vraie responsabilisation en matière d’éducation numérique ; mais aussi d’éviter le choc d’être confronté à la réalité des jeux auquel son enfant joue. Très souvent, les parents n’ont jamais réellement conscience que le jeu est vraiment aussi violent qu’il est décrit. Mais plus généralement, le fait que le jeu vidéo reste du virtuel, le fait qu’il représente un motif d’exclusion sociale pour l’enfant lève souvent la barrière de l’achat. Et on se dit alors que la bataille pour empêcher la violence à la maison est définitivement perdue, d’autant plus qu’au delà du cercle familial, l’enfant sera confronté, tôt ou tard, à cette violence quand il jouera à ces fameux jeux vidéo chez les copains. 

Il est alors essentiel, à ce moment-là, d’engager un dialogue : de voir que si un enfant a un accès à des jeux violents, c’est aussi parce que le cercle familial joue lui aussi à ce type de jeux. En tant que parent joueur, ce billet sera aussi pour vous. Le recul nécessaire en tant que joueur revient aussi à délimiter notre rôle de parent dans notre activité de joueur. 

Il n’y a pas d’âge pour jouer, mais un jeu pour chaque âge

 

Ce slogan de PEGI était affiché sur les campagnes de sensibilisation et reflète bien l’idée de l’organisation en matière de classification. Mais dans la réalité, vous l’aurez bien compris, le respect des âges est depuis bien longtemps une utopie. Pour autant, est-il possible, en se basant sur ce système d’âge, de faire le bon choix ? 

Il faut savoir que le site officiel de PEGI n’est pas très instructif en matière d’explication quand au choix de telle ou telle classification. Du moins quand je vois le descriptif de la classification -16, j’ai un peu du mal à voir, quand certains titres comme Final Fantasy XIII sont noté aussi durement. Jugez-vous même : 

PEGI 16
Cette classification s’applique lorsque la représentation de la violence (ou d’un contact sexuel) atteint un niveau semblable à celui que l’on retrouverait dans la réalité. Les jeunes gens de cette classe d’âge doivent également être en mesure de gérer un langage grossier plus extrême, le concept de l’utilisation de tabac et de drogues, et la représentation d’activités criminelles.

PEGI Info.

Certes, les jeux sont de plus en plus réalistes et sont capable de montrer des situations de plus en plus durs, émotionnellement parlant. Je pense à Brothers – a tale of two sons – dont le -16 est justifié par l’ambiance morbide qui se dégage du jeu. Mais pour d’autres titres, le choix d’une classification aussi élevé reste discutable. Mais loin de condamner un système qui permet, sur bien des points, de donner un jugement fiable, nous adressons surtout le constat suivant : à savoir que chaque jeu a besoin d’être testé par des adultes pour savoir si le contenu est adapté ou non à l’enfant. 

Et c’est pareil pour n’importe quel jeu, peu importe son contenu et sa violence. Sans être un joueur de jeu vidéo, il est important de comprendre que chaque jeu possède des niveaux de violence différents, une perception de la réalité et des contenus plus ou moins adéquats. Ce n’est pas la soluton de fermer les yeux en se disant « ce n’est que du virtuel. » Ce recul d’adulte ne peut pas être celui d’un enfant ou d’un jeune adolescent qui se construit.

L’accompagnement, même en tant que non-joueur se doit d’être complémentaire à l’envie de l’enfant de jouer à un jeu vidéo. De cette manière, la stigmatisation de la violence des jeux vidéo ou de son imagerie d’enfants disparait. Tout en se positionnant comme adulte, c’est aussi la possibilité de mettre des barrières, sans que ce soit vécu comme une forme de réclusion sociale pour l’enfant. Et c’est aussi pour cela que les formes d’interdiction sont aussi mal vécues pour ces jeunes : comment un parent qui ne s’intéresse pas à leur loisir peut leur interdire un jeu qu’il ne connaisse pas ? Et dans le cas inverse, comment peut-il lui laisser jouer à un jeu hyper violent ? 

La série Assassin's Creed, malgré sa violence, elle propose un voyage sans pareil dans les époques lointaines

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Parent et joueur : quelle posture ?

 

Les générations de parents qui ont été / sont des joueurs de jeux vidéo sont aujourd’hui au coeur d’un véritable enjeu de l’éducation numérique. Plus que la génération précédente, ils connaissent les outils du numérique, leur utilisation et leur finalité. Dans le cas du jeu vidéo, ils ont été acteurs de la violence, de parents parfois dépassés ou à l’inverse opposés au jeu vidéo. Et puis, en tant que joueur, on a un recul que personne n’a : le véritable impact d’une exposition à la violence. 

Mais c’est justement cette particularité qui rend parfois imperméable l’impression qu’un enfant peut souffrir face à une violence que l’on trouve quelconque. Certains parents n’hésitent pas à jouer à des jeux hyper violents devant leurs enfants, voire même de les inviter de jouer avec eux. Si encore il y a une forme de pédagogie de transmettre à l’enfant les tenants et aboutissements de cette violence, il en ai moins quand il n’y a aucune explication. 

Il y aussi cette tendance, assez curieuse mais finalement logique, où l’on va, par rapport à son propre passé de joueur et le laxisme de ses parents, de vouloir inverser la tendance. Parce qu’on aurait aimé, à cette époque, d’être suivi par ses parents lorsqu’on jouait à un jeu vidéo très violent. Le parent-joueur n’est donc pas toujours aussi terrible qu’on le suppose. Et il est vrai qu’en tant que joueur de jeu vidéo, on va parfois mettre des barrières envers les plus jeunes. 

Le recul est donc nécessaire, à savoir qu’on est capable, par son passif de joueur, de déterminer réellement la portée de la violence d’un jeu vidéo plus que quiconque. En cela, le parent-joueur peut aborder la violence d’un jeu vidéo de manière beaucoup plus éducative ; en demandant à son enfant comment il perçoit la violence d’un jeu et de donner aussi son avis. Parce que l’on peut aussi, en tant qu’adulte, être choqué par la violence d’un jeu vidéo. Dans cette mesure, l’accompagnement sur des jeux vidéo violents permet de ne pas exclure son enfant d’une réalité sociale – les fameux copains de la cour de récré – tout en donnant des règles et des explications. 

Conclusion 

Notre dossier en deux parties s’achève. Il n’est pas aisé de répondre aux interrogations des parents sur l’achat de jeux vidéo à leurs enfants. C’est donc à vous, lecteurs, de venir partager vos expériences pour améliorer l’expérience vidéo-ludique auprès de ceux qui ont besoin d’informations. A l’approche des fêtes, si vous n’avez toujours pas fait votre choix, ne foncez pas tête baissée dans les prix de vente de magasins : même dans les catalogues pour enfants on retrouve des offres de consoles de jeu avec des jeux inadaptés pour les plus jeunes. 

En référenciel, vous pouvez toujours vous rapprocher du site officiel de PEGI et de sa page de recherche d’un jeu. La classification y est donné pour chaque jeu. Il existe aussi l’organisation Pedagojeux.fr qui offre un portail d’information sur le jeu vidéo. Il existe aussi de nombreux sites d’informations consacré aux jeux vidéo. Le site jeuxvideo.com a même signé un dossier sur la classification PEGI. Mais surtout : 

N’hésitez pas aussi à jouer avec vos enfants, à s’intéresser aux jeux qu’ils aiment. Ne les laissez pas seuls face à des contenus qu’ils ne comprendront pas. Comme pour un film ou un livre, le jeu vidéo déploit de nombreuses facultés pédagogiques. Ainsi l’accompagnement est essentiel en matière d’éducation vidéoludique. Sans ça, les jeunes sont confrontés à une violence qu’ils ne comprennent pas toujours. En y apportant des réponses et un suivi, on évite l’étonnement et l’incompréhension face à des contenus choquants. 

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