Rapport de l’ONU : réponse du Japon

Rappelez-vous, c’était il y a quelques semaines : l’ONU dénonçait la violence sexuelle contre les femmes dans les jeux vidéo et manga au Japon. Le débat a fait rage sur les réseaux sociaux entre choc mais aussi compréhension. Après tout, on était un peu tous d’accord pour dire que le Japon était vachement borderline concernant la pornographie. Et voilà qu’en ce beau matin, le Japon donne sa réponse contre ce rapport. 

C’est du virtuel 

Le premier argument allant à l’encontre du rapport, c’est évidemment le rapport réalité – virtuel, cher au milieu vidéoludique depuis de nombreuses années quand deux/trois débiles se mettent à tuer des gens dans la rue. En conséquence, la pornographie c’est un peu pareil, du moins dans les eroges. Des dessins typiquement manga et kawai (bon ça dépend de vos goûts) et un esthétisme très japoniais évitent très vite l’assimilation avec la réalité. Du moins, c’est assez rare de violer une nenette aux cheveux roses dans la réalité, sauf dans les toilettes de Japan Expo. 

Cet argument, loin d’être anodin révèle souvent aussi à quel point l’attaque frontale vers la sphère vidéoludique est souvent biaisée par des rapports avec le virtuel qui tendent à ne pas rentrer dans des considérations réalistes. Et encore, concernant les eroges, on peut pas dire qu’ils sont fait pour être réalistes, c’est même tout l’inverse. Et je pense que c’est là où les japonais pensent gagner leur argumentaire : à savoir que cette représentation non réaliste des personnages et des situations ne peut pas atteindre quelqu’un. 

L’autre soucis vis-à-vis de cette représentation virtuel c’est l’aspect pédoporno où les héroïnes sont souvent des lolis qui ont 18 ans sur la boîte du jeu mais pas forcément dans l’histoire. Oui je sais, il est impossible de déterminer précisemment l’âge d’un personnage dans un eroge ou même un hentai. La représentation hyper juvénile dans les personnages de japanime tend dans ce sens où l’apparence physique joue forcément un rôle de représentation totalement infondée par rapport à l’âge. Les eroges et hentai jouent encore plus dessus car cette représentation est aussi au coeur de tout un enjeu marketing qui fait que le public aime cette représentation hyper sexualisée et juvénile des personnages. 

Ef - a fairy tale of two

Ef – a fairy tale of two

L’utilisation de la violence sexuelle comme média 

 

L’un des autres arguments donné par les japonais concernant le rapport de l’ONU tient dans l’explication de la violence sexuelle dans les eroges. Ca tombe bien parce que l’explication n’avait jamais été donné, au delà même des questions qu’on se pose quand on se confronte à ce type de jeu. Et j’avoue avoir beaucoup rigolé. Je vous cite un paragraphe qui m’a beaucoup fait rire : 

Il n’y a rien à gagner en régularisant les violences sexuelles dans les œuvres de fiction. Cependant, pendant que vous essayez de fixer les droits de personnages fictifs, vous êtes en train de laisser les droits fondamentaux de femmes réelles dans le monde réel pourrir. Au Japon, l’entière raison pour laquelle nous avons un style de média qu’est le manga qui s’est développé pour ainsi parler de thèmes comme l’exploitation sexuelle des femmes vient d’une attitude de tolérer le fait de « boire le pur et le sale sans préjudice ». C’est parce que nous avons la liberté d’exprimer nos vues et avec cela exprimer le point de vue d’un monde d’humains qui vivent et meurent, qu’il y a des choses pures et merveilleuses et des choses sales et mauvaises mélangées les unes avec les autres.

Alors, on est d’accord : il n’est pas question de refuser toute forme de communication sur les violences sexuelles. Je crois bien même que personne n’en est venu à cet argument aux Nations Unies. Le Japon remet directement en cause, selon leurs dires « la fixation des droits des personnages feminins fictifs » alors que le monde est super pourri. Certes. Cependant, les japonais oublient un truc, très important : les médias solicitent de plus en plus les droits de la femme dans la fiction parce qu’elle représente un socle de représentation important pour tous.

Vous vous rappelez du film Irreversible de Gaspar Noé ? A sa sortie, le film avait été au coeur d’une polémique immense du fait qu’on voyant Monica Bellucci se faire violer pendant de nombreuses minutes par un homme. Le reste du film montrait la descente aux enfers de son compagnon pour venger le viol de sa femme. Derrière la scène choquante se trouvait surtout une dénonciation d’un crime horrible. Et je vous vois derrière me dire : « mais les eroges et hentai c’est pareil ! » Sauf que si les eroges et hentai allaient vraiment dans le sens de répondre à cette problématique, alors ces oeuvres auraient un vrai impact en tant que média moteur et non pas comme divertisement crado. 

En fait, si on part du principe que les eroges tiennent à montrer la violence sexuelle comme réalité de notre monde, le nombre de jeux qui montreraient alors cette violence comme quelque chose de vraiment grave seraient beaucoup plus nombreux. Pourtant, vers la fin des années 90 quelques entreprises d’eroges ont tenté d’inverser la balance en proposant des jeux vidéo érotiques avec un scénario mature et des scènes de sexe saines à l’opposer des standards du genre plutôt tourné vers le divertissement sexuel. 

Tears to Tiara

Tears to Tiara

Une dénonciation de la violence sexuelle qui passe mal

 

On peut donc dire que l’argument ne tient évidemment pas vu que la proportion de jeux de type Nakige (jeux qui font pleurer) n’est pas aussi élevée comparé aux Nukiges (jeux purement mastubatoires). Qu’il y est une volonté de ne pas donner de barrières à la pornographie par le biais du jeu vidéo ou du manga n’est pas remis en cause tant qu’il y a une justification derrière. Mais un peu comme le porno chez nous, la visée de ce type de produit ne tend pas de donner une conscience aux joueurs ou lecteurs mais de le divertir. De nouveau une citation qui aurait tout son sens dans ce débât :  

C’est aussi pour ça que la fiction existe. Je pense que nous sommes tous d’accord pour dire que nous ne voulons pas commettre ou subir d’agressions sexuelles pour savoir ce que l’on ressent dans ce cas là. Mais lire ou entendre cela de la part d’un personnage dans un livre ou un jeu reste un moyen d’apprendre ce que ça fait, le tout pouvant être inspiré de faits réels en plus de ça et surtout étant moralement correcte.

La fiction apprend beaucoup de choses mais elle influence aussi énormément. Les psychiatres ne cesseront de vous dire combien de personnes ils reçoivent qui ont de gros troubles de la sexualité à cause de la pornographie. Et puis tient, pour continuer sur la même voie : pourquoi ne pas mettre en parallèle l’étude de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie : 

Cette étude a fait grand bruit en début de semaine. J’avais même rédigé un article sur le sujet tant le sujet est terrifiant ainsi que les résultats. Et je pense qu’il a parfaitement sa place ici puisque l’argumentaire sur l’impact de la fiction trouve son revers : comment expliquer que les personnes ont une image aussi détraquée du viol ? Pourquoi ça n’existe pas, que la femme au final est responsable plutôt que victime, et qu’au final, elle aimera forcément ça ? 

Alors, cher Japon, explique-moi. J’aimerai bien savoir ce que tu en penses de cette étude. Parce que, dans le fabuleux monde des eroges et des hentai, le viol est en effet banalisé, traité comme une variable scénaristique, un passage obligé : on est obligé d’être ramoné un moment ou un autre de l’histoire. Comment ne pas mettre en parallèle le fait que si ces jeux décrédibilisent le viol, il n’est alors point étonnant que les gens considèrent alors ce crime comme quelque chose de faux et d’une infime gravité. 

Il est dit qu’au Japon le taux de criminalité sexuelle est très bas, comparé à chez nous. On explique ça parce que là-bas, la vision de la sexualité n’est pas la même et que les besoins passent par autre chose. Mais c’est peut-être beaucoup plus grave ; à savoir que les jeux et manga viennent aussi donner une vision de la sexualité qui minimalise les actes sexuels les plus horribles. Si nous, qui ne connaissons pas les eroges et les hentai sommes capables d’avoir une vision aussi catastrophique de la violence sexuelle, je ne doute pas que ça serait pire avec dans les mains des jeux qui…encouragent cette vision. 

Little Busters

Little Busters

Conclusion

 

Vous l’avez donc compris, les arguments du Japon pour défendre leur culture sont paradoxalement mauvais, tant ils viennent justement démontrer un malaise vis-à-vis de celle-ci. En diffusant la nouvelle sur Twitter, on en venait à se dire que le Japon se refusait d’avoir tort tant ce rapport ne fait que mettre en lumière une réalité: montrer que la violence sexuelle, ce n’est pas forcément une mauvaise chose, c’est juste dans sa démonstration que le message n’a finalement plus de sens. 

Pour avoir joué – et continuant ahahaha – à des eroges, il faut se mettre en tête qu’ils ne sont pas tous complètement détraqués. D’ailleurs, je tiens sur ce blog à montrer le meilleur…comme le pire. Que avant de voir une pluie de tuiles sur moi, je tiens à préciser que si j’ai volontairement globalisé, c’est que l’essentiel du marché ; sa face cachée – représente le gros de la production et que les bons eroges ne sont pas aussi nombreux qu’on le pense. D’ailleurs, ce rapport de l’ONU et sa réponse renforce mon idée de montrer qu’il y a aussi des choses cools derrière ces horreurs sans forcément oublier que le Japon joue volontairement le jeu de l’autruche. 

On finit sur une bonne note avec l’opening du jeu vidéo To Heart de Leaf. 

Une réflexion sur « Rapport de l’ONU : réponse du Japon »

  1. Comme d’habitude j’aurai une vision un peu plus nuancée que la tienne :p

    D’abord au niveau de l’interprétation de la réponse japonaise, sans qu’elle soit fausse il faut toujours faire attention avec les « lost in translation ». Il n’est pas rare qu’un propos soit amplifié, déformé voir complètement perverti au moment d’une traduction anglaise puis française par des gens qui ne sont pas proches de la source initiale, et possiblement orientés. Donc j’aimerais bien savoir si ces propos sont l’exact reflet de leurs auteurs.

    Ensuite, « Sauf que si les eroges et hentai allaient vraiment dans le sens de répondre à cette problématique, alors ces oeuvres auraient un vrai impact en tant que média moteur et non pas comme divertisement crado. « 

    –> tu parles ici des japanimes à vocation directement sexuelle, mais le sujet (de la violence faite aux femmes et enfants) doit être aussi étendu aux manga et animes « normaux ». Je serai personnellement en effet beaucoup plus choqué par ces représentations en dehors de la sphere des oeuvres qui titillent directement les pulsions et les fantasmes. Je rappelle que même si j’entends bien l’argumentaire – qui se tient – comme quoi ça participe à déteriorer les agissements des hommes, à titre perso je serai bien plus mesuré sur leur impact réèl et global.
    Et en l’espèce, je me souviens de mangas tout à fait fréquentables (genre Psychometrer Eiji ou GTO) qui représentent le viol ou les agressions notamment envers les femmes comme un fait de vie qu’on peut juste régler à coup de poing et de bisou magique (occultant de fait le choc et son contrecoup), ça n’a jamais fait grand bruit et pourtant c’est hyper répandu (et ça n’empêche pas ces mangas d’être très bons).
    Tu as aussi un manga comme Negima !, d’un de mes mangakas préférés, qui quand tu l’analyses à froid est ni plus ni moins qu’un gamin soumis aux charmes de femmes plus agées. Je sais qu’il existe des dojins bien dégueulasses là dessus, mais je pense surtout que la plupart des lecteurs aiment se réver à la place du héros, par pur fantasme et non par envie de voir réèllement un gamin se faire violenter.
    A côté tu as des mangas qui au contraire se concentrent sur la victime, je me souviens notamment de Bitter Virgin qui doit avoir une dixaine d’année.
    C’est donc assez compliqué à mon sens de supprimer massivement des sujets ou de limiter leur utilisation (je schématise) qui sont utilisés de façons diamétralement opposées ou juste à des fins si diverses.
    Pour moi, le problème ne vient pas des façons de dépeindre le viol et autres violences mais de son application massive. C’est ce que je remarque dans beaucoup de JRPGs depuis quelques années, j’ai jamais été contre l’utilisation de clichés provenant directement de la japanime pour public masculin, mais je suis de plus en plus souvent soulé de voir que ça devient une facilité, un cache misère pour rameuter un certain public friand d’imouto-chan et de tsundere de petite vertue.
    Seulement légifèrer en défaveur d’une (sous)culture à part entière serait comme décréter le porno illégal (ne soyons pas hypocrites sur les tags du genre #teen -_-). D’une, je pense qu’il serait illusoire de penser qu’on va supprimer le problème en agissant comme ça, on va juste faire passer une partie de la population de pervers pépère à gros dégueulasse à foutre en taule.
    Essayer plutôt d’encourager (mais comment ?) les oeuvres « positives, réalistes et engagées » sur le sujet -et ce pas seulement dans la japanime mais aussi à la télévision publique, dans la BD, dans l’éducation publique etc. (perso j’ai jamais eu dans ma scolarité de parole publique sur ce genre de violence) serait peut-être un pas plus efficace vers un retour à une société mondiale aux pensées et agissements moins néfastes. Mais ça demanderait de faire une vraie introspection…

    PS: désolé si c’est un peu décousu et qu’il y a des fautes, j’essaye d’être rapide.

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