Culture du viol et impact de l’imaginaire

Culture du viol et impact de l'imaginaire

On aurait aimé se lever ce matin et se dire que c’est un cauchemar : après tout, ce n’est juste pas normal, ni même logique. A quoi servent toutes ces campagnes de prévention, notamment en milieu scolaire. A quoi servent les associations de défense de victimes de viol ? A quoi servent ces lois pour protéger les victimes ? Ipsos, l’institut de sondage et l’association Mémoire traumatique et victimologie ont brisé un tabou qu’on aurait mieux aimer ne pas savoir, même si au final c’est une réalité à laquelle on se dérobe : la représentation du viol dans notre société. 

 

Quand les victimes deviennent coupables 

 

Ce qui ressort surtout des différents chiffres et questions, c’est la méconnaissance totale du viol, de ses conséquences et paradoxalement de son fait d’être un crime. Evidemment, on en dira que c’est impossible d’être jugé sans en avoir été victime mais le constat est là, souvent mis en évidence par les médias, quand ceux-ci s’attaquent au sujet : le film Les Accusés avec Jodie Foster dans le rôle d’une victime de viol qui peine à faire reconnaître le crime auprès de la justice rèvèle aussi une part d’ombre : une femme qui accuse de viol a forcément fait en sorte de l’être. Trop aguicheuse, trop sexy, trop belle. Trop conne même. N’ayont pas peur des mots. 

L’idée misérable que la victime a forcément fait quelque chose de mal pour être maltraitée revient souvent : dans le harcèlement, on en vient souvent à considérer que la victime en fait surement trop, qu’elle veut faire du mal aux autres alors qu’en fait, elle ne cherche qu’à trouver une solution contre ses harceleurs. Et on en arrive à des personnes qui se suicident par désespoir de ne plus voir de solutions. Cette extrémité dans les faits et gestes font aboutir la sortie de nombreuses lois et de décrêts dans le but de montrer que l’Etat est conscient du problème. Mais ça ne résoud au final rien et les idées restent. 

Les campagnes de prévention trop lisses, une administration qui se fait bien voir et des gens brisés à vie : voilà ce qui en ressort. Mais pas seulement : comme le montre l’étude dont vous pouvez visualiser le contenu complet dans le lien joint, il y a aussi une part importante de la société dans l’acceptation et la vision des faits. Et c’est ce que cette étude remet en cause.

L’imaginaire de la culture du viol

 

Véhiculée en partie par la pornographie, la culture du viol est un phénomène faisant partie intégrante de l’imaginaire humain. Beaucoup de femmes et d’hommes disent rêver – mais seulement rêver hein – du viol et du plaisir ressenti, chose qui évidemment choque énormément les victimes de viol mais aussi les associations. Mais cette réalité fait que dans l’imaginaire collectif, la culture du viol est loin d’être simplement un fait criminel. C’est peut-être pour cela que l’étude semble aussi catastrophiquement véçue par les médias ; que beaucoup sont choqués par les chiffres et ces constatations. Mais dans le fabuleux monde de la pornographie, le viol est une composante de scénarios et mis en scène dans ce type de média. 

Choquant, dégradant pour l’image de femme et surtout donnant une interprétation de la chose complètement infondée : le porno n’a jamais prétendu être ancré dans une réalité, ni même de proposer quelque chose de sain. Après tout, c’est comme les jeux vidéo : on tue des gens mais ça veut pas dire qu’on fera la même chose. Le porno c’est pareil ; on ne violera pas quelqu’un dans la rue après avoir vu un film de cul. Pour autant là où la terminologie semble différente : si les uns et les autres font clairement la différence entre un jeu vidéo et la réalité, le porno semble être lui avoir une répercussion sur le public bien plus importante, notamment sur les adolescents qui seraient – semble-t-il – influencés par le visionage de vidéos pornographiques. 

C’est probablement ce qui fait le plus peur en plus de ce fait de société où le viol est souvent démonté par des clichés sexistes où la place de la victime est remise en cause. Comment mener à une éducation sexuelle saine quand le reste du monde te dit de ne pas écouter ce qu’on dit ? 

Façade 

 

Dans mes articles je parle souvent du Japon, de son dévergondage total concernant la sexualité et du rapport homme/femme complètement biasée par une utilisation du viol comme mécanique automatique dans leurs jeux; mangas ou dessins animés. Je ne sais pas comment c’est vécu dans le pays mais dans notre sacro-sainte occidentalité, il est certain d’une chose : on a un problème avec la sexualité.

Je ne dis pas qu’il serait sain de l’afficher comme le Japon mais d’au moins réaliser que ce problème sociétal est dû aussi à cette volonté de cacher la pornographie sous un tapis, en ignorant ses conséquences. Puisqu’en la cachant, on la banalise et sous-traite un problème que de nombreux sociologues et psychologues essaie vainement de mettre en alerte. Mais combien de livres, combien de mémoires, de thèses pour finalement en arriver à ça : on en parle, on alerte mais pour un résultat vain. Et si au lieu de diaboliser la pornographie et fermer les yeux sur la culture du viol, on avançait ? 

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