Japan Expo : bienvenue au supermarché des contrefaçons

Japan Expo, c’est dans 2 semaines, l’occasion de revenir sur la plus grande convention d’Europe mais aussi d’alerter les nouveaux venus – même habitués tant qu’on y est – sur la réalité de ce supermarché de l’otaku.

Japan Expo : bienvenue au supermarché des contrefaçons

Pourquoi aller se foutre dans cette galère 

 

Japan Expo est souvent l’occasion d’y rencontrer du monde puisque c’est le lieu où convergent tous les otakus dans leur grande sortie annuelle (et grande sortie tout court, bon j’arrête d’être méchante). C’est surtout l’occasion de pouvoir déposer un prêt bancaire pour pouvoir y acheter des tas de choses inutiles qui font notre bonheur malheur. En effet, le salon, d’abord culturel, est considéré depuis un bon nombre d’années comme un supermarché où l’essentiel de l’activité est concentrée sur les stands commerciaux. Rassurez-vous, on peut cependant repartir avec beaucoup de choses sans dépenser un rond ou presque. La magie du merchandising. 

Croyez-moi, lors de votre première visite, vous risquez bien de céder à l’appel de l’achat compulsif en voyant tous ces stands magnifiques bourrés de contrefaçons où votre porte-monnaie criera au désespoir. Oui, on a tous profondément merdé durant notre première Japex. Parce que on perd rapidement la tête dans ce dédale de magasins et de goodies tous plus géniaux les uns que les autres. Mais rassurez-vous, vu qu’on est tous passé par ces conneries, c’est justement parce qu’on y prend beaucoup de recul au fil des années. 

En réalité, Japan Expo vaut surtout le coup d’y aller, au moins une fois. Vous n’êtes pas obligé de détruire votre porte-monnaie puisque dans cette foire otaku, il y a nombre de dangers. Non je parle pas des IRL où on apprend la jeune fille avec qui on discute depuis six mois est au final un jeune homme. Non, ce genre de dangers sera l’objet d’un prochain article ! Pour l’instant, concentrons-nous sur l’essence même de Japan Expo : l’achat de japoniaisesconneries.

Campagne contre la vente et l'achat de contrefaçon par les douanes françaises.

Campagne contre la vente et l’achat de contrefaçon par les douanes françaises.

Le fleau de la contrefaçon 

 

Constant souvent alarmant lorsque on parle de goodies japonaises, c’est l’essor des articles contrefaits. Mais si, vous savez, ces casquettes et lunettes de « marque » que vous vendent quelques vendeurs sur les marchés l’été pour vous donner l’air cool mais qui en fait sont des produits illégaux. Bah c’est la même dès qu’on parle des goodies du Japon. En grande partie parce que c’est aussi cher que les trucs de marques et pas vraiment accessible à l’adolescent fan de culture japonaise. Du coup, comme on sait que les japoniaiseries ça touche surtout les jeunes, c’est quand même bête de ne pas leur donner l’occasion de pouvoir aussi se pourvoir en objets otakus. Et c’est ainsi que pour contourner les prix complètement aberrants du marché japonais, les produits contrefaits se sont faits une place de choix. Un peu partout. 

Raton a déjà fait un article complet sur le sujet mais il n’est pas inutile de faire un gros rappel de temps en temps. Surtout que ce genre de stands continuent de polluer les salons japoniais. Même Epitanime cette année y a eu droit et l’équipe organisatrice s’est sentie obligée de se justifier sur Twitter. Quand on vous disait que c’est un fléau…qui atteint même vos propres boutiques « mangas » proches de chez vous. Comme quoi, difficile de ne pas se faire avoir. Même moi j’y ai eu droit. En effet, quand j’étais jeune sans tunes mais surtout très naïve conne plutôt je croyais en la fiabilité de mon magasin. C’était quand même plus pratique de se fournir directement dans une boutique que de devoir prier que la Poste ne perde pas les colis super chers rares.

Comme quoi, éviter les articles contrefaits ce n’est pas une mince affaire. Dans mon cas, ça s’est limité à quelques CD d’OST de séries et de jeux vidéo à des prix honteusement peu élevés. Mais bon voilà hein ! Quand vous allez dans un magasin de fringues, vous vous mettez pas à douter que le-dit t-shirt est une contrefaçon hein ? Eh ben pareil pour les articles japoniais : vous comptez trop sur la bonne foi des vendeurs, même quand ceux-ci ne sont pas réellement au courant (en fait si). 

Reconnaître des produits contrefaits

 

Alors là je dois vous avouer que l’on arrive en terrain miné dans la mesure où reconnaître du HK n’est pas une mince affaire. Déjà parce que les produits sont souvent plastifiés pour protéger vous arnaquer et que la reconnaissance des caractéristiques de la contrefaçon ne sont pas toujours clairs. D’autant plus que d’années en années, les produits contrefaits deviennent de plus en plus difficiles à être identifier grâce à la fourberie des fabriquants de ces merdes. Pour autant, il y a des signes qui ne trompent pas comme le prix par exemple. 

Si vous avez l’habitude d’acheter des japoniaiseconneries, vous savez à quel point c’est cher et que votre banquier vous appelle aussitôt pour vous demander c’est quoi ces honteuses sommes débitées de votre compte courant. Le pire étant pour les éditions DVD/BR des animés où les prix sont complètement hallucinants. Mais bon, ça encore, on s’en fout vu que le marché de l’animation japonaise est plutôt bien servi en France grâce aux éditeurs locaux. Une chance jusqu’au jour où les japonais voudront eux-même gérer l’édition…ce qu’ils font déjà (coucou Bandai). BREF, dites vous que de base, c’est cher. 

L’un des produits les plus contrefaits est le CD audio. Les OST de séries et de jeux vidéo se vendent comme des petits pains car les fans aiment pouvoir écouter les morceaux emblématiques dans leur station radio. Comme il est très simple de réaliser des copies audio, les OST contrefaites polluent absolument partout. Et si il fut un temps où c’était très simple de reconnaître la copie, autant aujourd’hui c’est plus compliqué. Reste la présence ou non du logo de l’éditeur. Si vous êtes fan, vous connaissez généralement les producteurs et éditeurs de vos séries/jeux préférés. En cas d’absence de logo, alors c’est de la contrefaçon ! 

Allez, jouons un peu : laquelle est la version originale ?

Allez, jouons un peu : laquelle est la version originale ?

De l’art de savoir ou non de déceler les contrefaçons

 

Si pour les disques c’est assez fastoche, ça l’est beaucoup moins pour les autres produits, artbook notamment. Souvent entièrement plastifiés pour éviter que des abrutis viennent salir les pages, les vendeurs se permettent donc de vendre ce qu’ils veulent en matière de déchets papiers sans que ça vous fasse « tilt » dans votre tête. Les figurines sont aussi touchées par ce fléau et quand on connait leur prix réel, autant vous dire que ça peut très vite devenir honteusement dégueulasse de savoir qu’on vous a vendu une cochonnerie à la place de votre waifu. Ce dossier de La Cité des Nuages résume bien comment déceler les erreurs de fabrication sur les moules de figurines. 

Le problème de déceler la contrefaçon c’est qu’en convention on a rarement le temps de le faire. Happer dans l’otakusphère avec tous ces stands pleins à craquer d’objets et sous l’oeil bienveillant des vendeurs on ne fait que acheter sans se soucier de savoir si on vous a vraiment vendu un produit du Japon ou une merde de Chine/Hong Kong/Taiwan. Ne vous en voulez pas, ce n’est pas vous qui devez culpabiliser mais bien ces vendeurs qui n’hésitent pas à vous vendre ces produits sous couvert d’avoir de gros soucis avec les douanes françaises. 

Reste que la meilleure manière d’éviter les contrefaçons, c’est d’éviter d’acheter à Japan Expo. Je sais c’est surement un effort incommensurable quand on est dans une foire japoniaise qui vous vend des trucs vachement cool à tous les coins des allées. Mais en plus d’être mauvais pour votre groove, c’est surtout mauvais pour votre porte-monnaie qui voit donc vos économies partir dans des conneries contrefaites plutôt que de servir la culture japonaise. 

Japan Expo : bienvenue au supermarché des contrefaçons

Conclusion 

 

Finalement, Japan Expo est un évènement unique qui permet de faire des rencontres formidables et de sentir la culture japonaise importante le temps d’une semaine. Mais soyez attentifs : ne balancez pas votre argent dans n’importe quoi ! Privilégiez les stands éditeurs officiels (oui même Square-Enix et ses produits honteusement chers) mais aussi les stands amateurs et de fans. Vous y gagnerez beaucoup plus en dialoguant avec des fans, des vrais et non pas avec des crapules vous vendant leur camelotte. 

J’en profite pour vous annoncer que je serais présente les 4 jours à Japan Expo au stand de l’AEUG. Si l’envie vous dit de venir me voir pour discuter erogeotome gamehentai ou simplement de Gundam et de comprendre comment une série pour vous rendez maboul, n’hésitez pas ! 

Retro or Not Retro : la saga Drakengard/NieR

Alors que NieR Automata prend forme, il est temps de s’attarder sur les origines de la saga et plus particulièrement Drakengard. Appréciée, aduléz ou tout simplement décriée, la saga pose pourtant ce qui fera la marque de fabrique de NieR. Des univers sombres, des personnages profondément tordus et des histoires de fin du monde sont au programme. Accrochez-vous bien car vous ne risquez pas de sortir indemne. 

Retro or Not Retro : la saga Drakengard/NieR

Des J-RPG trop niais dites-vous ?

 

Derrière Drakengard et NieR se cache Taro Yoko, investigateur des deux sagas. Drakengard, titré Drag On Dragoon au Japon, est son premier travail en tant que directeur. Et son entrée dans le fabuleux monde des créateurs de jeux vidéo s’est fait de manière éclatante en cette année 2003. Produit par Square-Enix, le jeu va en effet se tailler une petite réputation dans le milieu. Et pour cause : le jeu va se faire remarquer pour plusieurs choses : sa violence mais surtout son histoire très sombre et ses personnages malsains. Autant dire que c’est un choc à l’époque où les RPG Japonais ont plutôt tendance à être « friendly-save the world ». Taro Yoko en fera sa marque de fabrique pour la suite de ses projets. 

Alors, me dira-t-on, les RPG sont loin d’être des jeux très gais à la base. On y parle de méchants qui veulent – au choix – conquérir ou détruire le monde et d’un vaillant héros et de ses camarades chargés de de les anéantir. Mais ceux qui ont pleuré toutes les larmes de leur corps sur la fin de Final Fantasy X risque probablement ne jamais se remettre si ils leur venaient à l’idée de s’attaquer à Drakengard. D’ailleurs, la suite sortie 2 ans après se révèle moins glauque même si les massacres sont légions. Les personnages regagnent juste un peu en humanité…Mais il faut savoir que cette suite ne fut pas dirigée par Taro Yoko, ce qui explique l’ambiance moins malsaine qui se dégage du jeu. 

5 ans après Drakengard 2, Taro Yoko sort sa nouvelle saga : NieR. Dans un univers plus futuriste que médiéval, la recette reste la même. Mais Taro Yoko ne dit pas son dernier mot pour sa saga d’origine : Drakengard 3 fait sa sortie en 2013. Décrié plus qu’apprécié notamment pour ses allusions sexuelles très lourdes et son ton nettement moins sérieux, le jeu se permet de développer l’univers de la saga sur des points non éclairci jusque ici. 

Synopsis de Drakengard :
Dans un monde où les dragons dominent les cieux, la guerre fait rage entre l’Empire et l’Union. L’Empire est sous la coupe d’un culte et dispose de la sorcellerie, ce qui lui octroie un avantage sérieux qu’il ne manque pas d’exploiter en dévastant les royaumes. Cette marche funèbre a pour but de retrouver la déesse Furiae, détentrice du sceau ultime garant de la sauvegarde du monde.
Le frère de la déesse, Caim, est animé par la rage depuis que son royaume a été dévasté et ses parents massacrés par un dragon de l’Empire. Il voue son existence à la vengeance en s’alliant avec les forces de l’Union formées pour contrer l’Empire.
Il est contraint de faire un pacte avec un dragon rouge afin de pouvoir survivre. Cette alliance pourrait bien peser dans la balance des forces en présence dans cette guerre.

Grimoire-Cendre

Retro or Not Retro : la saga Drakengard/NieR

Des personnages en souffrance au coeur d’une guerre

 

Le spitch de départ de Drakengard est d’un classique avec une guerre pour sauver – encore ! – une héroïne des griffes des méchants pas beaux. Pour autant Caim est loin d’être un héros de classique. C’est un être sanguinaire capable des pires attrocités, notamment lorsqu’il s’acharne sur un ennemi. Son pacte avec Angelus, le Dragon Rouge lui fait perdre sa voix, le poussant à agir encore plus violement pour pouvoir sauver sa soeur. Furiae, soeur de Caim souffre de l’amour incestueux qu’elle porte à son frère, condamnant Inuart à la folie. Et c’est pas les compagnons de route de Caim qui vont forcément nous aider à retrouver foi en l’humanité. Arioch notamment, se nourrit de chair humaine et apprécie particulièrement celle des enfants, ayant perdue sa fertilité de son pacte avec Ondine et Salamandre. 

Autant vous dire que l’humour n’est pas franchement présent dans Drakengard. Ce qui, pour une fois, colle un peu plus à la situation des protagonistes. On a toujours reproché dans les RPG que les personnages en avaient pas spécialement quelque chose à faire de la survie de l’humanité ; ici tout le monde comprend qu’ils ont un rôle à jouer pour éviter de finir en morceaux. Mais attention, à part Seere, personne n’est intéressé à sauver le monde. L’ambiance est d’ailleurs tellement lourde, parfois insoutenable, qu’on en regrette presque les moments de détente. Il faut dire que ça ne s’arrête jamais durant la vingtaine d’heures du scénario principal…et encore si vous voulez obtenir les scénarios supplémentaires de chaque personnage, compléter toutes les missions secondaires, avoir toutes les armes et enfin débloquer les 5 fins du jeu, vous risquez d’y passer le double de temps. 

Drakengard 2 se révèle beaucoup plus « soft » niveau personnages. Nowe est l’archétype même du héros un peu naif qui veut sauver le monde, tranchant avec Caim et son mutisme sanguinaire ne voulant que la destruction. Mais surtout les 3 fins du jeu n’apporte au final pas grand chose, à l’inverse de son aîné. On peut supposer qu’ils aient voulu donner une nouvelle fin moins dramatique aux évènements de Drakengard. Cependant on remarque que Taro Yoko ne semble pas vraiment tenir compte de cette suite. En effet, NieR prend place dans l’une des fins alternatives du premier Drakengard

Seere et Golem. Ca ne vous rappelle pas Cry On, le projet avorté de Mistwalker et Cavia ?

Seere et Golem. Ca ne vous rappelle pas Cry On, le projet avorté de Mistwalker et Cavia ?

On ne dit pas c’est moche, mais j’aime pas

 

Lorsque NieR est sorti en 2010 sur PS3 et Xbox360, les critiques prirent à partie la qualité graphique du jeu, très en dessous des gros blockbusters. Ces critiques, elles avaient déjà été formulées à l’époque de Drakengard où le jeu était effectivement loin d’être une beauté. D’un autre côté, on se rendait assez vite compte que ce parti-pris esthétique un peu « crado » donnait une aura assez incroyable au niveau de l’ambiance. On ne peut pas en dire tant du second opus mais il fallait cependant reconnaître que la saga se donnait un style graphique bien à lui. Et il faut croire que c’est une volonté propre à Taro Yoko qui semble aborder le développement de ses jeux en matière d’ambiance et de style graphique plutôt que de performance. 

A l’époque de Drakengard, on avait beau critiquer, le jeu n’était pas si moche quand on voyait ce qui sortait à la même époque sur PS2. C’est plus le second opus qui souffre de la comparaison avec son ainé puisqu’ils sont au même niveau. Mais pour NieR sorti 5 ans après, difficile de ne pas faire de comparaison graphique avec les sorties de l’époques. Pour autant, tous les joueurs sont conquis par l’univers, ses personnages, son OST fabuleuse et finalement son esthétisme. De même pour Drakengard 3 qui voit le jour en 2013 avec une qualité graphique médiocre comparé aux standards. Seuls les fans ne peuvent que saluer le jeu qui se place comme préquelle de Drakengard

Le gameplay est aussi souvent source de critiques. En effet les jeux optent pour du A-RPG classique où on dérouille des ennemis à la pelle mais se révèlent très vite redondant. Passée la découverte, les phases en dos de dragon sont particulièrement crispantes à cause d’une maniabilité médiocre. De ce côté-là, les choses peuvent donc rapidement donner envie de se taper la tête contre un mur…heureusement que NieR et Drakengard 3 adoptent un gameplay moins crise de nerfs. 

Retro or Not Retro : la saga Drakengard/NieR

Alors, Retro or Not Retro ?

 

On ne joue pas à Drakengard ou NieR pour s’en prendre plein les mirettes. Si c’est assez moche au premier abord, il faut quand même saluer un travail esthétique sur l’ambiance qui en font des jeux assez atypiques. Cependant en terme d’ambiance, la saga se démarque tellement de ses consorts qu’il est dommage de passer à côté pour une histoire de graphismes. Rarement une saga aura aborder autant de thèmes sombres comme l’inceste, la pédophilie, le cannibalisme, la schizophrènie et la folie humaine à l’état pur. Autant de thèmes durs à porter mais sublimés par des personnages travaillés.

Mais surtout le travail de Taro Yoko trouve une résonnance sur le long terme. A savoir que chacun de ses jeux sont connectés entre-eux par des liens plus ou moins évidents. NieR qui se place notamment comme suite d’une des fins de Drakengard mais aussi l’épisode 3 de la saga qui se permet de mettre en avant toute la mythologie exprimé aussi bien dans NieR que Drakengard. Et que penser de Cry On, le projet avorté de Mistwalker et Cavia dont l’ambiance faisait penser à un spin-off de Drakengard ? On regrette d’ailleurs tellement que le projet n’est jamais vu le jour…

Bref, Drakengard/NieR est une saga culte, encensée par son incroyable univers et qui vous marquera durablement. Le genre d’expérience vidéoludique dont on n’en sort pas indemne.

Ainsi fut Xenosaga, le chef d’oeuvre inachevé du jeu vidéo.

Xenosaga est une trilogie de jeux vidéo sortie sur Playstation 2 développée par Monolith Soft, à qui ont doit également Xenoblade Chronicles sur Wii, considéré comme le meilleur RPG de la dernière génération de console. Rien que ça. Xenosaga lui s’oppose à son petit frère par un scénario très riche et des personnages fouillés qui tranchent totalement avec le genre. Et si la trilogie fait office de chef d’oeuvre inachevé, c’est parce que le projet devait à l’origine se composer de six jeux. Trois seulement ont vu le jour. 

Ainsi fut Xenosaga, le chef d'oeuvre inachevé du jeu vidéo.

Iténéraire d’un projet ambitieux

Avant de parler de Xenosaga, il est important d’évoquer l’origine du projet et surtout de l’équipe derrière. En effet, difficile de ne pas évoquer la tête pensante du projet : Tetsuya Takahashi. Dans les années 90, cet homme travaillait chez Square Soft. Oui, vous avez bien lu. C’est bien le nom de la société derrière la célèbre franchise Final Fantasy. Il a notamment travaillé sur les épisodes IV, V et VI de la série avant de vouloir créer sa propre série de jeu vidéo. Square Soft lui donne cette possibilité tout en tranchant net au niveau du budget : à l’époque, les équipes de développement sont tournées vers ce qui deviendra Final Fantasy VIII. Square Soft n’a pas le droit à l’erreur après le succès international de Final Fantasy VII même si cela n’empêche pas la firme de développer des chefs d’oeuvre dans le même temps : Chrono Cross, Vagrant Story et bien sûr, Xenogears

Tous ceux qui ont joué à Xenogears auront remarqué : le premier disque est incroyable par son scénario, ses personnages et son univers. Le second lui souffre du budget alloué à l’époque au projet. Pourtant, Takahashi croit dur comme fer à son jeu et veut instaurer une nouvelle série de jeux vidéo, au même titre que les Final Fantasy. D’ailleurs, Xenogears se veut comme le cinquième épisode d’une saga. Malheureusement, Square Soft n’est pas intéressé par le projet et renonce à donner à Takahashi les moyens de développer sa propre saga. Après avoir bossé sur Final Fantasy X, l’homme s’en va de Square Soft pour créer sa propre société : Monolith Soft. 

Avec lui, il emmène plusieurs anciens employés de Square qui ont bossé sur Chrono Cross et Xenogears et commence à bosser sur ce qui deviendra Xenosaga

Ainsi fut Xenosaga, le chef d'oeuvre inachevé du jeu vidéo.

Xenosaga, un précurseur 

 

Faire d’un jeu vidéo une trilogie – et même une double trilogie à la base – relève du fantasme, même à l’époque. Au final, si le projet n’a jamais pu être achevé, c’est probablement à cause des attentes trop grandes de Takahashi ainsi que son dévouement à développer un jeu qui marquera l’histoire du jeu vidéo. Chez Monolith Soft on ne fait donc pas les rigolos quand il s’agit de développer un jeu. Un peu de la même manière où Xenoblade Chronicles mettra les joueurs à genou devant la prouesse d’avoir dépasser les limites techniques de la Wii. Takahashi aime les challenges et est un éternal insastifait qui déclare, lors de l’annonce de Xenoblade Chronicles X que son précédent jeu n’était qu’un brouillon…

Concernant Xenosaga, ce qui a divisé les joueurs c’est le parti pris d’en faire une histoire ultra linéaire et sophistiquée au sein d’un univers monstrueux. On est au début des années 2000, et autant dire que cette pensée de développeent n’a pas encore totalement de sens à l’époque dans le milieu. Et pour tout dire, Xenosaga fut développé dix ans trop tôt : si aujourd’hui les joueurs sautent sur les jeux aux ambiances uniques et aux scénarios riches et linéaires, l’héritage des années 90 a suffit à Xenosaga de ne pas réussir son pari d’être un chef d’oeuvre. 

Il faut également avouer que le principe même de trilogie pose souvent question en matière de jeu vidéo : les évolutions techniques croissantes tendant à rendre difficile la possibilité d’une homogénisation graphique sur le temps. Dans le cas de Xenosaga, le moteur graphique n’a cessé d’évoluer sur les trois épisodes, notamment au niveau du chara-design des personnages. Cet ensemble de « défauts » n’entâchent pas la qualité de la série, loin de là, mais il n’est pas complètement idiot d’envisager une refonte graphique sur l’ensemble de la saga. Mais au-delà de ça, en quoi cette série est aussi particulière ?

Humanité déchue et existence des Dieux 

 

L’univers et le scénario de Xenosaga sont complexes et portent des thèmes évocateurs mais déconcertants : religion, ésotérisme, philosophie, histoire de l’Humanité, science-fiction…oui beaucoup de thèmes pour un simple jeu vidéo. Xenogears s’était déjà attaqué à ces thèmes forts pour un résultat déroutant. Autant dire que sa suite spirituelle ne se contente pas seulement de reprendre la même histoire mais de pousser certains thèmes très loin : la découverte, parmi les personnages principaux, d’une existence quasi divine de 6000 ans et de la quête des hommes vers cette immortalité et de la conquête d’artefacts divins intrigue et pose la réflexion d’une place aussi importante de la religion dans un tel contexte. 

Concernant le casting composant notre équipe jouable, on y trouve l’héroïne, Shion Uzuki ; KOS-MOS, androïde de combat à l’intelligence artificielle ultra développée ; chaos, personnage énigmatique mais d’une bonté sans égale (et son nom s’écrit sans majuscule, contrastant avec celui de KOS-MOS) ; Junior qui derrière son apparence d’un enfant de douze ans, est un vrai adulte (mais qui profite de son physique pour se comporter comme un vrai gosse^^) ; Ziggy un ancien policier qui est devenu un cyborg et est donc agé d’une centaine d’années ; MOMO, une realian, une androïde dont le physique est copié sur celui d’une enfant décédée : Sakura et Jin Uzuki, le frère de Shion.

Nos héros s’éloignement énormément des clichés du J-RPG, à part peut-être Jin Usuki qui incarne la figure de vétéran. Mais c’est clairement la force de Xenosaga : d’avoir su proposer un casting aux personnalités et backgrounds complexes qui provoque chez le joueur un attachement progressif tout au long de l’aventure. On a beaucoup de mal, à la fin du 3ème épisode, de laisser notre équipe. 

L'équipe des héros de Xenosaga

L’équipe des héros de Xenosaga

Un univers de science-fiction (trop ?) complexe 

 

On ne peut pas reprocher à Takahashi de s’être essayé à créer un univers riche et complexe. Maisl il faut avouer que le format épisodique affecte grandement la structure narrative, surtout qu’au départ le bonhomme avait prévu six épisodes pour boucler son histoire. Un pari trop risqué puisque pour cela, il fallait garantir pour chaque épisode un succès tout en apportant des nouveautés sur le plan du gameplay mais aussi des graphismes. 

Pour autant, la saga reste incroyable par ses personnages et son univers qui font espérer, pour beaucoup, de voir un jour Shion et son équipe revenir sur le devant de la scène. Au fil des années, la série a gagné en popularité même si elle a été très mal déservi sur le sol européen puisque seul l’épisode II fut édité. Il faut donc se rabattre sur l’édition américaine – bien que censurée ! – et s’enquérir d’une PS2 USA pour pouvoir lire les jeux. Autant dire que toucher du doigt la saga s’avère compliqué. 

Au final, Xenosaga s’avère une oeuvre marquante qui bénéficie d’une bande sonore aux petits soins (Yuki Kaijura) et un scénario surprenant et déroutant. Un chef d’oeuvre inachevé. A jamais.