Ainsi fut Xenosaga, le chef d’oeuvre inachevé du jeu vidéo.

Xenosaga est une trilogie de jeux vidéo sortie sur Playstation 2 développée par Monolith Soft, à qui ont doit également Xenoblade Chronicles sur Wii, considéré comme le meilleur RPG de la dernière génération de console. Rien que ça. Xenosaga lui s’oppose à son petit frère par un scénario très riche et des personnages fouillés qui tranchent totalement avec le genre. Et si la trilogie fait office de chef d’oeuvre inachevé, c’est parce que le projet devait à l’origine se composer de six jeux. Trois seulement ont vu le jour. 

Ainsi fut Xenosaga, le chef d'oeuvre inachevé du jeu vidéo.

Iténéraire d’un projet ambitieux

Avant de parler de Xenosaga, il est important d’évoquer l’origine du projet et surtout de l’équipe derrière. En effet, difficile de ne pas évoquer la tête pensante du projet : Tetsuya Takahashi. Dans les années 90, cet homme travaillait chez Square Soft. Oui, vous avez bien lu. C’est bien le nom de la société derrière la célèbre franchise Final Fantasy. Il a notamment travaillé sur les épisodes IV, V et VI de la série avant de vouloir créer sa propre série de jeu vidéo. Square Soft lui donne cette possibilité tout en tranchant net au niveau du budget : à l’époque, les équipes de développement sont tournées vers ce qui deviendra Final Fantasy VIII. Square Soft n’a pas le droit à l’erreur après le succès international de Final Fantasy VII même si cela n’empêche pas la firme de développer des chefs d’oeuvre dans le même temps : Chrono Cross, Vagrant Story et bien sûr, Xenogears

Tous ceux qui ont joué à Xenogears auront remarqué : le premier disque est incroyable par son scénario, ses personnages et son univers. Le second lui souffre du budget alloué à l’époque au projet. Pourtant, Takahashi croit dur comme fer à son jeu et veut instaurer une nouvelle série de jeux vidéo, au même titre que les Final Fantasy. D’ailleurs, Xenogears se veut comme le cinquième épisode d’une saga. Malheureusement, Square Soft n’est pas intéressé par le projet et renonce à donner à Takahashi les moyens de développer sa propre saga. Après avoir bossé sur Final Fantasy X, l’homme s’en va de Square Soft pour créer sa propre société : Monolith Soft. 

Avec lui, il emmène plusieurs anciens employés de Square qui ont bossé sur Chrono Cross et Xenogears et commence à bosser sur ce qui deviendra Xenosaga

Ainsi fut Xenosaga, le chef d'oeuvre inachevé du jeu vidéo.

Xenosaga, un précurseur 

 

Faire d’un jeu vidéo une trilogie – et même une double trilogie à la base – relève du fantasme, même à l’époque. Au final, si le projet n’a jamais pu être achevé, c’est probablement à cause des attentes trop grandes de Takahashi ainsi que son dévouement à développer un jeu qui marquera l’histoire du jeu vidéo. Chez Monolith Soft on ne fait donc pas les rigolos quand il s’agit de développer un jeu. Un peu de la même manière où Xenoblade Chronicles mettra les joueurs à genou devant la prouesse d’avoir dépasser les limites techniques de la Wii. Takahashi aime les challenges et est un éternal insastifait qui déclare, lors de l’annonce de Xenoblade Chronicles X que son précédent jeu n’était qu’un brouillon…

Concernant Xenosaga, ce qui a divisé les joueurs c’est le parti pris d’en faire une histoire ultra linéaire et sophistiquée au sein d’un univers monstrueux. On est au début des années 2000, et autant dire que cette pensée de développeent n’a pas encore totalement de sens à l’époque dans le milieu. Et pour tout dire, Xenosaga fut développé dix ans trop tôt : si aujourd’hui les joueurs sautent sur les jeux aux ambiances uniques et aux scénarios riches et linéaires, l’héritage des années 90 a suffit à Xenosaga de ne pas réussir son pari d’être un chef d’oeuvre. 

Il faut également avouer que le principe même de trilogie pose souvent question en matière de jeu vidéo : les évolutions techniques croissantes tendant à rendre difficile la possibilité d’une homogénisation graphique sur le temps. Dans le cas de Xenosaga, le moteur graphique n’a cessé d’évoluer sur les trois épisodes, notamment au niveau du chara-design des personnages. Cet ensemble de « défauts » n’entâchent pas la qualité de la série, loin de là, mais il n’est pas complètement idiot d’envisager une refonte graphique sur l’ensemble de la saga. Mais au-delà de ça, en quoi cette série est aussi particulière ?

Humanité déchue et existence des Dieux 

 

L’univers et le scénario de Xenosaga sont complexes et portent des thèmes évocateurs mais déconcertants : religion, ésotérisme, philosophie, histoire de l’Humanité, science-fiction…oui beaucoup de thèmes pour un simple jeu vidéo. Xenogears s’était déjà attaqué à ces thèmes forts pour un résultat déroutant. Autant dire que sa suite spirituelle ne se contente pas seulement de reprendre la même histoire mais de pousser certains thèmes très loin : la découverte, parmi les personnages principaux, d’une existence quasi divine de 6000 ans et de la quête des hommes vers cette immortalité et de la conquête d’artefacts divins intrigue et pose la réflexion d’une place aussi importante de la religion dans un tel contexte. 

Concernant le casting composant notre équipe jouable, on y trouve l’héroïne, Shion Uzuki ; KOS-MOS, androïde de combat à l’intelligence artificielle ultra développée ; chaos, personnage énigmatique mais d’une bonté sans égale (et son nom s’écrit sans majuscule, contrastant avec celui de KOS-MOS) ; Junior qui derrière son apparence d’un enfant de douze ans, est un vrai adulte (mais qui profite de son physique pour se comporter comme un vrai gosse^^) ; Ziggy un ancien policier qui est devenu un cyborg et est donc agé d’une centaine d’années ; MOMO, une realian, une androïde dont le physique est copié sur celui d’une enfant décédée : Sakura et Jin Uzuki, le frère de Shion.

Nos héros s’éloignement énormément des clichés du J-RPG, à part peut-être Jin Usuki qui incarne la figure de vétéran. Mais c’est clairement la force de Xenosaga : d’avoir su proposer un casting aux personnalités et backgrounds complexes qui provoque chez le joueur un attachement progressif tout au long de l’aventure. On a beaucoup de mal, à la fin du 3ème épisode, de laisser notre équipe. 

L'équipe des héros de Xenosaga

L’équipe des héros de Xenosaga

Un univers de science-fiction (trop ?) complexe 

 

On ne peut pas reprocher à Takahashi de s’être essayé à créer un univers riche et complexe. Maisl il faut avouer que le format épisodique affecte grandement la structure narrative, surtout qu’au départ le bonhomme avait prévu six épisodes pour boucler son histoire. Un pari trop risqué puisque pour cela, il fallait garantir pour chaque épisode un succès tout en apportant des nouveautés sur le plan du gameplay mais aussi des graphismes. 

Pour autant, la saga reste incroyable par ses personnages et son univers qui font espérer, pour beaucoup, de voir un jour Shion et son équipe revenir sur le devant de la scène. Au fil des années, la série a gagné en popularité même si elle a été très mal déservi sur le sol européen puisque seul l’épisode II fut édité. Il faut donc se rabattre sur l’édition américaine – bien que censurée ! – et s’enquérir d’une PS2 USA pour pouvoir lire les jeux. Autant dire que toucher du doigt la saga s’avère compliqué. 

Au final, Xenosaga s’avère une oeuvre marquante qui bénéficie d’une bande sonore aux petits soins (Yuki Kaijura) et un scénario surprenant et déroutant. Un chef d’oeuvre inachevé. A jamais. 

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