Retro or Not Retro : la saga Drakengard/NieR

Alors que NieR Automata prend forme, il est temps de s’attarder sur les origines de la saga et plus particulièrement Drakengard. Appréciée, aduléz ou tout simplement décriée, la saga pose pourtant ce qui fera la marque de fabrique de NieR. Des univers sombres, des personnages profondément tordus et des histoires de fin du monde sont au programme. Accrochez-vous bien car vous ne risquez pas de sortir indemne. 

Retro or Not Retro : la saga Drakengard/NieR

Des J-RPG trop niais dites-vous ?

 

Derrière Drakengard et NieR se cache Taro Yoko, investigateur des deux sagas. Drakengard, titré Drag On Dragoon au Japon, est son premier travail en tant que directeur. Et son entrée dans le fabuleux monde des créateurs de jeux vidéo s’est fait de manière éclatante en cette année 2003. Produit par Square-Enix, le jeu va en effet se tailler une petite réputation dans le milieu. Et pour cause : le jeu va se faire remarquer pour plusieurs choses : sa violence mais surtout son histoire très sombre et ses personnages malsains. Autant dire que c’est un choc à l’époque où les RPG Japonais ont plutôt tendance à être « friendly-save the world ». Taro Yoko en fera sa marque de fabrique pour la suite de ses projets. 

Alors, me dira-t-on, les RPG sont loin d’être des jeux très gais à la base. On y parle de méchants qui veulent – au choix – conquérir ou détruire le monde et d’un vaillant héros et de ses camarades chargés de de les anéantir. Mais ceux qui ont pleuré toutes les larmes de leur corps sur la fin de Final Fantasy X risque probablement ne jamais se remettre si ils leur venaient à l’idée de s’attaquer à Drakengard. D’ailleurs, la suite sortie 2 ans après se révèle moins glauque même si les massacres sont légions. Les personnages regagnent juste un peu en humanité…Mais il faut savoir que cette suite ne fut pas dirigée par Taro Yoko, ce qui explique l’ambiance moins malsaine qui se dégage du jeu. 

5 ans après Drakengard 2, Taro Yoko sort sa nouvelle saga : NieR. Dans un univers plus futuriste que médiéval, la recette reste la même. Mais Taro Yoko ne dit pas son dernier mot pour sa saga d’origine : Drakengard 3 fait sa sortie en 2013. Décrié plus qu’apprécié notamment pour ses allusions sexuelles très lourdes et son ton nettement moins sérieux, le jeu se permet de développer l’univers de la saga sur des points non éclairci jusque ici. 

Synopsis de Drakengard :
Dans un monde où les dragons dominent les cieux, la guerre fait rage entre l’Empire et l’Union. L’Empire est sous la coupe d’un culte et dispose de la sorcellerie, ce qui lui octroie un avantage sérieux qu’il ne manque pas d’exploiter en dévastant les royaumes. Cette marche funèbre a pour but de retrouver la déesse Furiae, détentrice du sceau ultime garant de la sauvegarde du monde.
Le frère de la déesse, Caim, est animé par la rage depuis que son royaume a été dévasté et ses parents massacrés par un dragon de l’Empire. Il voue son existence à la vengeance en s’alliant avec les forces de l’Union formées pour contrer l’Empire.
Il est contraint de faire un pacte avec un dragon rouge afin de pouvoir survivre. Cette alliance pourrait bien peser dans la balance des forces en présence dans cette guerre.

Grimoire-Cendre

Retro or Not Retro : la saga Drakengard/NieR

Des personnages en souffrance au coeur d’une guerre

 

Le spitch de départ de Drakengard est d’un classique avec une guerre pour sauver – encore ! – une héroïne des griffes des méchants pas beaux. Pour autant Caim est loin d’être un héros de classique. C’est un être sanguinaire capable des pires attrocités, notamment lorsqu’il s’acharne sur un ennemi. Son pacte avec Angelus, le Dragon Rouge lui fait perdre sa voix, le poussant à agir encore plus violement pour pouvoir sauver sa soeur. Furiae, soeur de Caim souffre de l’amour incestueux qu’elle porte à son frère, condamnant Inuart à la folie. Et c’est pas les compagnons de route de Caim qui vont forcément nous aider à retrouver foi en l’humanité. Arioch notamment, se nourrit de chair humaine et apprécie particulièrement celle des enfants, ayant perdue sa fertilité de son pacte avec Ondine et Salamandre. 

Autant vous dire que l’humour n’est pas franchement présent dans Drakengard. Ce qui, pour une fois, colle un peu plus à la situation des protagonistes. On a toujours reproché dans les RPG que les personnages en avaient pas spécialement quelque chose à faire de la survie de l’humanité ; ici tout le monde comprend qu’ils ont un rôle à jouer pour éviter de finir en morceaux. Mais attention, à part Seere, personne n’est intéressé à sauver le monde. L’ambiance est d’ailleurs tellement lourde, parfois insoutenable, qu’on en regrette presque les moments de détente. Il faut dire que ça ne s’arrête jamais durant la vingtaine d’heures du scénario principal…et encore si vous voulez obtenir les scénarios supplémentaires de chaque personnage, compléter toutes les missions secondaires, avoir toutes les armes et enfin débloquer les 5 fins du jeu, vous risquez d’y passer le double de temps. 

Drakengard 2 se révèle beaucoup plus « soft » niveau personnages. Nowe est l’archétype même du héros un peu naif qui veut sauver le monde, tranchant avec Caim et son mutisme sanguinaire ne voulant que la destruction. Mais surtout les 3 fins du jeu n’apporte au final pas grand chose, à l’inverse de son aîné. On peut supposer qu’ils aient voulu donner une nouvelle fin moins dramatique aux évènements de Drakengard. Cependant on remarque que Taro Yoko ne semble pas vraiment tenir compte de cette suite. En effet, NieR prend place dans l’une des fins alternatives du premier Drakengard

Seere et Golem. Ca ne vous rappelle pas Cry On, le projet avorté de Mistwalker et Cavia ?

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On ne dit pas c’est moche, mais j’aime pas

 

Lorsque NieR est sorti en 2010 sur PS3 et Xbox360, les critiques prirent à partie la qualité graphique du jeu, très en dessous des gros blockbusters. Ces critiques, elles avaient déjà été formulées à l’époque de Drakengard où le jeu était effectivement loin d’être une beauté. D’un autre côté, on se rendait assez vite compte que ce parti-pris esthétique un peu « crado » donnait une aura assez incroyable au niveau de l’ambiance. On ne peut pas en dire tant du second opus mais il fallait cependant reconnaître que la saga se donnait un style graphique bien à lui. Et il faut croire que c’est une volonté propre à Taro Yoko qui semble aborder le développement de ses jeux en matière d’ambiance et de style graphique plutôt que de performance. 

A l’époque de Drakengard, on avait beau critiquer, le jeu n’était pas si moche quand on voyait ce qui sortait à la même époque sur PS2. C’est plus le second opus qui souffre de la comparaison avec son ainé puisqu’ils sont au même niveau. Mais pour NieR sorti 5 ans après, difficile de ne pas faire de comparaison graphique avec les sorties de l’époques. Pour autant, tous les joueurs sont conquis par l’univers, ses personnages, son OST fabuleuse et finalement son esthétisme. De même pour Drakengard 3 qui voit le jour en 2013 avec une qualité graphique médiocre comparé aux standards. Seuls les fans ne peuvent que saluer le jeu qui se place comme préquelle de Drakengard

Le gameplay est aussi souvent source de critiques. En effet les jeux optent pour du A-RPG classique où on dérouille des ennemis à la pelle mais se révèlent très vite redondant. Passée la découverte, les phases en dos de dragon sont particulièrement crispantes à cause d’une maniabilité médiocre. De ce côté-là, les choses peuvent donc rapidement donner envie de se taper la tête contre un mur…heureusement que NieR et Drakengard 3 adoptent un gameplay moins crise de nerfs. 

Retro or Not Retro : la saga Drakengard/NieR

Alors, Retro or Not Retro ?

 

On ne joue pas à Drakengard ou NieR pour s’en prendre plein les mirettes. Si c’est assez moche au premier abord, il faut quand même saluer un travail esthétique sur l’ambiance qui en font des jeux assez atypiques. Cependant en terme d’ambiance, la saga se démarque tellement de ses consorts qu’il est dommage de passer à côté pour une histoire de graphismes. Rarement une saga aura aborder autant de thèmes sombres comme l’inceste, la pédophilie, le cannibalisme, la schizophrènie et la folie humaine à l’état pur. Autant de thèmes durs à porter mais sublimés par des personnages travaillés.

Mais surtout le travail de Taro Yoko trouve une résonnance sur le long terme. A savoir que chacun de ses jeux sont connectés entre-eux par des liens plus ou moins évidents. NieR qui se place notamment comme suite d’une des fins de Drakengard mais aussi l’épisode 3 de la saga qui se permet de mettre en avant toute la mythologie exprimé aussi bien dans NieR que Drakengard. Et que penser de Cry On, le projet avorté de Mistwalker et Cavia dont l’ambiance faisait penser à un spin-off de Drakengard ? On regrette d’ailleurs tellement que le projet n’est jamais vu le jour…

Bref, Drakengard/NieR est une saga culte, encensée par son incroyable univers et qui vous marquera durablement. Le genre d’expérience vidéoludique dont on n’en sort pas indemne.

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