2017 : le retour de grâce du RPG japonais ?

Cela faisait des années – une éternité dis-je ! – que je n’étais pas aussi fébrile. Et pour cause : ce début d’année 2017 marque le grand retour en force des RPG japonais qu’on croyait dépassés et acculés dans un coin de la table, face aux mastodontes occidentaux. Et il faut l’avouer, durant des années, on  y croyait plus à ce retour en force. Dans mon cas, c’est simple, le dernier RPG a m’avoir fait vibré comme jamais fut…Xenoblade Chronicles. Cela remonte à 6 ans. 6 années qui ont laissé un grand vide, au point de retourner chercher dans le passé pour revivre cette magie perdue. 6 années où le Japon s’est pris les pieds dans le tapis.

A vouloir trop bien faire, on fait pas bien

Les RPG japonais ont dominés le marché du genre pendant les années 90 grâce à des productions innovantes qui faisaient rêver en imposant leur propre style, très différent des RPG occidentaux. Mais très vite, ces derniers ont commencé à eux aussi innover et proposer des expériences rafraichissantes, notamment avec les scénarios de plus en plus complexes, l’introduction de choix moraux qui influencent le scénario et ses finalités et une immersion renforcée par la personnalisation de son héros. Et autant vous dire, ça en jetait parce que l’implication était réelle et pas juste saupoudrée de cutscenes qui en mettaient pleins les mirettes.

Les RPG japonais se sont eux, embourbés dans des choix peu stratégiques : l’argument du marché de niche est revenu en plein dans la tête mais pas seulement. Techniquement parlant, les RPG japonais se sont retrouvés incapables de se maintenir à niveau et n’ont pas réussi, à ce moment-là, de compenser par leur créativité. Au contraire, le genre a piétiné dans son ramassis de clichés et une technique datée profondément lié à l’impossibilité au genre de se démarquer face à la montée en puissance des RPG occidentaux.

FFXV ou la fausse bonne idée de Square-Enix

Sorti en novembre 2016, Final Fantasy XV a divisé autant qu’il a rassemblé et encore, le marketing autour du jeu et la presse a sauvé un jeu qui aurait pu prendre cher. Pour autant, il est intéressant de voir qu’au travers de ce projet, Square-Enix a canalisé tout le paradoxe d’une production vidéoludique et d’un genre au bord du gouffre. Final Fantasy XV est un jeu mal fichu, se prenant pour un RPG occidental tout en oubliant pas qu’il est quand même un peu japonais. Mais entre un scénario gruyère, un monde ouvert en demi-teinte à peine sauvé par ses instances et des quêtes annexes bidonlol, on en relève bien plus de failles que de réelles idées novatrices.

En voulant s’approcher des RPG occidentaux, Square-Enix a presque manqué de se prendre une balle dans le pied sans se relever. Il n’a fallu que quelques petits mois pour se rendre compte que le RPG japonais pouvait revenir en force, mais pas en copiant ses consorts occidentaux. Non, en prenant de vrais risques. Si Xenoblade Chronicles reste à mes yeux mon Best Game Ever à l’heure actuelle, c’est justement pour sa formule et des choix qui en ont fait l’un des meilleurs RPG de sa génération.

Ne regardez pas trop le voisin, faites vous plaisir

Après une dizaine d’heures sur Zelda : Breath of the wild, j’ai pu comprendre pourquoi la presse s’était agenouillée devant. Tout comme NieR Automata s’est révélé être lui aussi considéré comme un jeu (déjà) culte. Et Persona 5 ne fera pas mentir sa réputation. Chacun s’est construit son univers et son histoire loin de la bouillie médiatique qui se déchaine pour le moindre travers. Mais là encore, la maîtrise de la communication ne fut pas le seul fait d’armes de ces jeux. Ils ont réussi à passer maîtres chacun dans leur genre, sur des points précis.

Zelda : Breath of the wild a envoyé à la benne à ordure la norme établie du sacro-saint « open-world » en s’affranchissant de tout. Là où les murs invisibles vous barrent la route « circulez, il n’y a rien à voir », le jeu se paie une liberté tellement époustouflante et un rendu de son univers avec des sensations inédites. A l’inverse, NieR Automata a lui misé sur son univers tortueux, son scénario à rendre dingue et un travail narratif qui explose ses consorts. Quand à Persona 5, il puise dans la noirceur de notre société pour en sortir un jeu à l’ambiance unique poussant son gameplay à son paroxysme pour devenir cette passation old-school / new gen à faire pâlir n’importe quel développeur.

Des concepts aussi différents mais qui mettent le monde à genou

Croyez le ou non mais c’est justement dans ces choix aussi différents que le RPG japonais commence à retrouver des couleurs. Alors oui, il restera toujours les Tales of et leur incapacité à évoluer – quoique, le dernier opus en date s’offre lui aussi une liberté en cassant son périmètre de sécurité. Il restera aussi des jeux qui resteront cantonnés au marché de niche en continuant à brasser le caca ambulant qui se déverse sur le genre. Mais en l’espace d’à peine 3 mois, on se prend suffisamment de baffes tout autant que Mass Effect Andromeda se prend une belle peignée générale. L’arroseur arrosé ? Eh bien oui.

On l’aura remarqué, mais la presse est de plus en plus grinçante, presque vexante envers les AAA occidentaux qui ont mis la misère au marché vidéoludique japonais. D’un seul coup, même les jeux aboutis techniquement se prennent une belle volée de bois verts, tout l’inverse d’il y a dix ans où justement, les jeux vidéo japonais se faisaient tailler pour leur technique irrécupérable. Résultat: des chefs d’oeuvre manqués et des joueurs essayant de redorer le blason de certains titres sous-estimés. Aujourd’hui, la presse semble définitivement prendre un autre tournant en mettant à l’amende ce qu’elle vénérait 10 ans avant et s’émerveillant sur des titres moins aboutis techniquement mais plus…atypiques.

Du jeu de l’autruche pour ne plus assumer ses choix

Mais on peut aller plus loin et mener le débat là où cet article a débuté : à savoir que le retour du J-RPG fut long, parsemé d’embuches, de choix et de stratégies parfois mises à mal par des circonstances parfois…tragiques. Rappelez-vous du partenariat entre Microsoft et le studio Mistwalker pour sortir 3 J-RPG sur la Xbox 360 dans l’optique de populariser la console sur le son nippon (et accessoirement séduire le public de Sony). A peine deux titres sortis (Blue Dragon et Lost Odyssey) que Microsoft préfère rompre le contrat. Et même en admettant que ces jeux ne sont pas des chefs d’oeuvre, ce coup d’arrêt montre aussi que le RPG japonais fut aussi malmené par les éditeurs, obnubilés par un rendement pas très subtil.

Le jeu vidéo a en effet complètement explosé ses budgets depuis une dizaine d’années avec désormais des dizaines de millions de dollars balancé en production. Le fossé s’est aussi élargi, comme une plaie béante entre petits et gros développeurs et le Japon s’est pris une belle baffe avec son management à l’ancienne non adapté à l’évolution du secteur. Le retard monstrueux de la dernière génération de consoles semble se tarir en ce début 2017 en même temps que les RPG occidentaux se prennent des tartes dans la tronche de la part des joueurs et d’une presse qui sent que le vent tourne.

Renouveau ou simple effet de mode ?

Loin l’époque où RPG sortaient à foison, même si dans le lot beaucoup étaient très (trop) moyens pour être considérés comme de bons jeux. Les sorties diminuent (ou se tournent vers le marché mobile ou sur consoles portables) tout autant que l’importance de ne pas se planter devient presque cacophonique. Pire encore, Internet est devenu un vaste champ de mine où chaque jeu est décortiqué, trollé, balancé dans tous les sens avant sa sortie. Le moindre trailer, la moindre démo est synonyme d’un effet immédiat qui dépasse l’entendement. Loin est l’époque où seule la presse se faisait toute puissante. Aujourd’hui les joueurs savent qu’ils peuvent se faire entendre et influencer le petit monde vidéoludique.

Alors, comme ça ne pardonne pas, ce début d’année exceptionnel vient à créer ce genre d’articles débiles que j’écris en ce moment-même. Parce que le joueur de jeu vidéo, c’est un grand rêveur et qu’il croit dur comme faire à la magie de son média préféré. Pour les RPG, c’est pareil. Quand on a vu son genre préféré s’écrouler pendant plusieurs années et que d’un seul coup le monde entier le porte de nouveau en gloire, difficile de ne pas être fébrile. Pourtant c’était pas gagné avec un Final Fantasy XV qui me lassera à tout jamais mitigé. A l’inverse, j’ai pesté contre Zelda breath of the wild et son accueil de folie avant de réaliser les qualités monstrueuses du titre, manette en main. Et NieR Automata a tenu toutes ses promesses, et même bien plus. Il ne reste que Persona 5 qui risque de renverser la situation, à nouveau.

Conclusion générale

Alors, oui, en l’espace de quelques semaines, le RPG japonais s’ouvre une belle opportunité de redorer son blason bien rouillé. Loin de jouer dans la cour des AAA comme il l’a tenté, il est revenu à des formules plus simples, des choix de game-design, de gameplay et de narration pour épater le monde entier. Et pour le coup, c’est un pari gagné pour Nintendo, Platinum Games et Atlus avec des titres qui risquent de concourir pour le GOTY 2017. Impensable il y a un an, le Japon sort de son profond sommeil. Et encore, je n’ai pas évoqué Resident Evil 7 qui a aussi pris une nouvelle direction chaudement accueilli par la presse et les joueurs. Et si on était parti pour une nouvelle décennie ?

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