Je ne suis pas lolicon, mais un féministe !

L’ONU ayant décidé de s’attaquer aux eroges et plus généralement à l’industrie du sexe au Japon où les animaux sont mieux traités que les femmes (c’est cadeau ) et où surtout le corps parfait selon l’homme japonais moyen est celui d’une adolescence de 13 ans. Le ton est donné et après vous avoir expliqué le problème culturel entre le Japon et NOUS (oui je parle de l’Occident en général), il est temps de ne plus être choqué ni même blasé. Les Japonais ont un gros soucis. 

[NdlR : L’article a été partiellement écrit bien avant la publication du rapport de l’ONU, preuve qu’ils ne sont pas les seuls à alerter sur le sujet. ]

S’il y a bien une chose particulièrement génante avec le Hentai, c’est qu’on a souvent l’impression de regarder quelque chose d’illégal et malsain. Et en effet, le lolicon est interdit par la loi française depuis 2013. Et c’est quoi alors ça ? Le lolicon désigne généralement les oeuvres qui mettent en scène des jeunes filles très jeunes, du moins en apparence. Les standards de la pornographie en matière d’image de la femme tendent souvent à renforcer l’appellation de Lolita Complex. Le sexe imberbe est souvent l’imagerie de la jeune fille pas encore adulte et est devenu un code social dans le milieu pornographique et s’est répandu comme une norme au fil du temps dans les moeurs sociales. 

Alors bon, si dans la réalité, le milieu pornographique est très fermement réglementé – la pédopornographie, même dans un cadre fictif est interdite par les lois internationales ; ce n’est pas le cas quand on rentre dans un milieu basé sur l’imaginaire et la possibilité de tout faire, même l’impossible. En réalité, les lois sur la pédopornographie ont une portée quasi internationales tant les droits de l’enfant représentent le volet le plus combatif en matière de droit. Plus que celui de la femme en fait. Mais dans le milieu virtuel la frontière est floue et très subjective : comment prouver que la nana est bien une petite fille et non pas une adulte quand le descriptif du jeu déclare que tous les protagonistes sont âgés de 18 ans ? Bon il y a quelques signes plus ou moins visibles pour savoir si oui ou non l’éditeur se fout carrément de la gueule du monde. Mais généralement, les éditeurs sont rarement inquiété sur le sujet et donc les jeux pédopornographiques continuent de proliférer à vitesse plus ou moins débordante…

Je ne suis pas lolicon, mais un féministe !

Bienvenue dans le magnifique monde des hentai. 

Au Japon, la réglementation internationale est assez difficile à appliquer, du fait que d’afficher des jeunes filles à peine ado est une source de fanservice et fantasme incommensurable. Et enlever ça à l’industrie japonaise serait le signe annonciateur d’une catastrophe pour un milieu économique qui ne connait pas la crise. Et d’ailleurs, les chiffres de la criminalité japonaise sont assez étranges en l’état : le taux de criminalité et de crimes sexuels seraient les plus bas au monde. Et forcément, on se demande comment cela fonctionne. On se demande si finalement toute cette industrie parfois franchement crade n’était pas un mal pour un bien. Il faut cependant relativiser l’envers de ces chiffres : à savoir que les personnes victimes de viol et d’agressions sexuelles sont très peu à porter plainte. Parce que, socialement parlant, il y a ce volte-face d’une société qui accuse aussi bien les femmes de se montrer si pulpeuses pour faire perdre la tête aux hommes. 

C’est en cela qu’il faut prendre les chiffres avec beaucoup de précautions et ne pas se voiler la face sur une industrie pornographique qui se sert – assez facilement – des statistiques pour se permettre un peu tout les méfaits. Et s’il n’y a rien de grave à oeuvrer dans le milieu porno, autant il est parfois très difficile de faire la part des choses. Ce regard extérieur prouve aussi que la part du culturel dans l’appréciation d’une culture est souvent le faible de l’argumentation. Parce que justement on ne connait pas. Et on ne veut pas savoir. 

Pour revenir à cette inconscience, même un gros éditeur comme Lilith s’est mis aux jeux vidéo lolicon en sortant en 2013 un jeu appelé Yuzuminatsu bien dégueulasse et qui donne envie de se taper la tête contre un mur. La société est déjà reconnue pour ses jeux crado à la limite du supportable notamment via sa saga Taimanin Asagi. A partir de là, si mêmes les grosses sociétés font du pédo-trash pour le blé, il est quasi impossible de stopper l’affaire tant l’empire financier des eroges est important. 

Je ne suis pas lolicon, mais un féministe !

Fantasme et limites d’un sujet 

 

Il est particulièrement logique que les japonais soient habitués à voir des gamines pré-pubères en images promotionnelles partout dans les rues d’Akihabara et qu’ils ne se soucient pas de la légalité de ces choses. Et c’est aussi logique que le rapport de l’ONU arrive finalement un jour sur la table des discussions tellement le phénomène est ancré sur le territoire japonais. D’ailleurs si Amazon a mis fin à la vente des eroges (mais pas des autres visual novels) il reste toujours très facile de s’en procurer : soit en passant par d’autres sites de vente en ligne soit en passant par l’éditeur-même (il faut juste savoir se débrouiller en japonais). Donc forcément le problème se pose d’autant plus que les deux choses dans lesquels tapent les eroges et les hentai sont : les sévices sexuelles à l’encontre des femmes ET des enfants. Oui les deux. Après comme on l’a dit, il est très compliqué de déterminer l’âge des nenettes dans un eroge ou un hentai tant le fantasme pré-pubère donne souvent aux femmes un physique de loli. Je pense à Clannad qui n’est pas un eroge mais qui donnent à voir des héroïnes qui ressemblent à des collègiennes. D’ailleurs, c’est une raison, pour certain(e)s de ne pas apprécier le jeu et l’anime à cause de cette caractéristique. 

Le phénomène inverse existe (malheureusement) aussi : à savoir que les jeux érotiques destinés aux femmes présentent souvent de jeunes hommes et les boy’s love (jeux montrant des relations sexuelles entre hommes) font rarement dans la finesse ; la preuve avec Enzai qui est d’ailleurs sorti sur le sol américain en 2006. Le shotacon vise probablement un public encore plus restrictif que le lolicon mais il y a quand même eu des animes, des manga et même des jeux autour. En fait, je me rappelle surtout de  Kawakaburi no Cherry un jeu avec un fantasme assez peu répandu (à mes yeux) : celle d’incarner un petit garçon dont la maman lui fait des choses…euh. Enfin voyez. 

Le truc c’est que ce genre d’exemples ne sont peut-être pas mainstream mais posent quand même des questions vis-à-vis de fantasmes relativement inavouables et assez tordus. Au delà même de la morale et de la représentation morale de la femme, on en vient à évoquer les sévices les plus tordus et les fantasmes égarés. A partir de là, pas étonnant qu’on est le bon sens de vouloir mettre le holà, au-delà même du fait qu’on parle de sexe. Parce que, soyons honnête, si on veut mettre au pilon l’industrie des eroges au Japon, il faudrait également remettre au cause toute l’industrie du sexe qui n’est pas à la base super hyper friendly avec les femmes.  

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Conclusion

Finalement il n’est pas aisé de critiquer un modèle de fantasme qui appartient seulement et uniquement à ceux que ça intéresse. Cependant, les débordements de certains titres et le fait que cela reste punissable par la loi internationale suffisent à se dire qu’on est loin d’une représentation de la culture du sexe bien saine. Il suffit d’aller sur The Visual Novel Database et faire quelques recherches sur les eroges et leurs caractéristiques pour trouver des tonnes et des tonnes de jeux plus cons les uns que les autres mais surtout dérangeants. Aussi, la détention d’images pédopornographiques est, selon la loi française passible d’une condamnation pénale. De quoi vous alerter sur les risques de trainer sur des sites louches. 

Rapport de l’ONU : réponse du Japon

Rappelez-vous, c’était il y a quelques semaines : l’ONU dénonçait la violence sexuelle contre les femmes dans les jeux vidéo et manga au Japon. Le débat a fait rage sur les réseaux sociaux entre choc mais aussi compréhension. Après tout, on était un peu tous d’accord pour dire que le Japon était vachement borderline concernant la pornographie. Et voilà qu’en ce beau matin, le Japon donne sa réponse contre ce rapport. 

C’est du virtuel 

Le premier argument allant à l’encontre du rapport, c’est évidemment le rapport réalité – virtuel, cher au milieu vidéoludique depuis de nombreuses années quand deux/trois débiles se mettent à tuer des gens dans la rue. En conséquence, la pornographie c’est un peu pareil, du moins dans les eroges. Des dessins typiquement manga et kawai (bon ça dépend de vos goûts) et un esthétisme très japoniais évitent très vite l’assimilation avec la réalité. Du moins, c’est assez rare de violer une nenette aux cheveux roses dans la réalité, sauf dans les toilettes de Japan Expo. 

Cet argument, loin d’être anodin révèle souvent aussi à quel point l’attaque frontale vers la sphère vidéoludique est souvent biaisée par des rapports avec le virtuel qui tendent à ne pas rentrer dans des considérations réalistes. Et encore, concernant les eroges, on peut pas dire qu’ils sont fait pour être réalistes, c’est même tout l’inverse. Et je pense que c’est là où les japonais pensent gagner leur argumentaire : à savoir que cette représentation non réaliste des personnages et des situations ne peut pas atteindre quelqu’un. 

L’autre soucis vis-à-vis de cette représentation virtuel c’est l’aspect pédoporno où les héroïnes sont souvent des lolis qui ont 18 ans sur la boîte du jeu mais pas forcément dans l’histoire. Oui je sais, il est impossible de déterminer précisemment l’âge d’un personnage dans un eroge ou même un hentai. La représentation hyper juvénile dans les personnages de japanime tend dans ce sens où l’apparence physique joue forcément un rôle de représentation totalement infondée par rapport à l’âge. Les eroges et hentai jouent encore plus dessus car cette représentation est aussi au coeur de tout un enjeu marketing qui fait que le public aime cette représentation hyper sexualisée et juvénile des personnages. 

Ef - a fairy tale of two

Ef – a fairy tale of two

L’utilisation de la violence sexuelle comme média 

 

L’un des autres arguments donné par les japonais concernant le rapport de l’ONU tient dans l’explication de la violence sexuelle dans les eroges. Ca tombe bien parce que l’explication n’avait jamais été donné, au delà même des questions qu’on se pose quand on se confronte à ce type de jeu. Et j’avoue avoir beaucoup rigolé. Je vous cite un paragraphe qui m’a beaucoup fait rire : 

Il n’y a rien à gagner en régularisant les violences sexuelles dans les œuvres de fiction. Cependant, pendant que vous essayez de fixer les droits de personnages fictifs, vous êtes en train de laisser les droits fondamentaux de femmes réelles dans le monde réel pourrir. Au Japon, l’entière raison pour laquelle nous avons un style de média qu’est le manga qui s’est développé pour ainsi parler de thèmes comme l’exploitation sexuelle des femmes vient d’une attitude de tolérer le fait de « boire le pur et le sale sans préjudice ». C’est parce que nous avons la liberté d’exprimer nos vues et avec cela exprimer le point de vue d’un monde d’humains qui vivent et meurent, qu’il y a des choses pures et merveilleuses et des choses sales et mauvaises mélangées les unes avec les autres.

Alors, on est d’accord : il n’est pas question de refuser toute forme de communication sur les violences sexuelles. Je crois bien même que personne n’en est venu à cet argument aux Nations Unies. Le Japon remet directement en cause, selon leurs dires « la fixation des droits des personnages feminins fictifs » alors que le monde est super pourri. Certes. Cependant, les japonais oublient un truc, très important : les médias solicitent de plus en plus les droits de la femme dans la fiction parce qu’elle représente un socle de représentation important pour tous.

Vous vous rappelez du film Irreversible de Gaspar Noé ? A sa sortie, le film avait été au coeur d’une polémique immense du fait qu’on voyant Monica Bellucci se faire violer pendant de nombreuses minutes par un homme. Le reste du film montrait la descente aux enfers de son compagnon pour venger le viol de sa femme. Derrière la scène choquante se trouvait surtout une dénonciation d’un crime horrible. Et je vous vois derrière me dire : « mais les eroges et hentai c’est pareil ! » Sauf que si les eroges et hentai allaient vraiment dans le sens de répondre à cette problématique, alors ces oeuvres auraient un vrai impact en tant que média moteur et non pas comme divertisement crado. 

En fait, si on part du principe que les eroges tiennent à montrer la violence sexuelle comme réalité de notre monde, le nombre de jeux qui montreraient alors cette violence comme quelque chose de vraiment grave seraient beaucoup plus nombreux. Pourtant, vers la fin des années 90 quelques entreprises d’eroges ont tenté d’inverser la balance en proposant des jeux vidéo érotiques avec un scénario mature et des scènes de sexe saines à l’opposer des standards du genre plutôt tourné vers le divertissement sexuel. 

Tears to Tiara

Tears to Tiara

Une dénonciation de la violence sexuelle qui passe mal

 

On peut donc dire que l’argument ne tient évidemment pas vu que la proportion de jeux de type Nakige (jeux qui font pleurer) n’est pas aussi élevée comparé aux Nukiges (jeux purement mastubatoires). Qu’il y est une volonté de ne pas donner de barrières à la pornographie par le biais du jeu vidéo ou du manga n’est pas remis en cause tant qu’il y a une justification derrière. Mais un peu comme le porno chez nous, la visée de ce type de produit ne tend pas de donner une conscience aux joueurs ou lecteurs mais de le divertir. De nouveau une citation qui aurait tout son sens dans ce débât :  

C’est aussi pour ça que la fiction existe. Je pense que nous sommes tous d’accord pour dire que nous ne voulons pas commettre ou subir d’agressions sexuelles pour savoir ce que l’on ressent dans ce cas là. Mais lire ou entendre cela de la part d’un personnage dans un livre ou un jeu reste un moyen d’apprendre ce que ça fait, le tout pouvant être inspiré de faits réels en plus de ça et surtout étant moralement correcte.

La fiction apprend beaucoup de choses mais elle influence aussi énormément. Les psychiatres ne cesseront de vous dire combien de personnes ils reçoivent qui ont de gros troubles de la sexualité à cause de la pornographie. Et puis tient, pour continuer sur la même voie : pourquoi ne pas mettre en parallèle l’étude de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie : 

Cette étude a fait grand bruit en début de semaine. J’avais même rédigé un article sur le sujet tant le sujet est terrifiant ainsi que les résultats. Et je pense qu’il a parfaitement sa place ici puisque l’argumentaire sur l’impact de la fiction trouve son revers : comment expliquer que les personnes ont une image aussi détraquée du viol ? Pourquoi ça n’existe pas, que la femme au final est responsable plutôt que victime, et qu’au final, elle aimera forcément ça ? 

Alors, cher Japon, explique-moi. J’aimerai bien savoir ce que tu en penses de cette étude. Parce que, dans le fabuleux monde des eroges et des hentai, le viol est en effet banalisé, traité comme une variable scénaristique, un passage obligé : on est obligé d’être ramoné un moment ou un autre de l’histoire. Comment ne pas mettre en parallèle le fait que si ces jeux décrédibilisent le viol, il n’est alors point étonnant que les gens considèrent alors ce crime comme quelque chose de faux et d’une infime gravité. 

Il est dit qu’au Japon le taux de criminalité sexuelle est très bas, comparé à chez nous. On explique ça parce que là-bas, la vision de la sexualité n’est pas la même et que les besoins passent par autre chose. Mais c’est peut-être beaucoup plus grave ; à savoir que les jeux et manga viennent aussi donner une vision de la sexualité qui minimalise les actes sexuels les plus horribles. Si nous, qui ne connaissons pas les eroges et les hentai sommes capables d’avoir une vision aussi catastrophique de la violence sexuelle, je ne doute pas que ça serait pire avec dans les mains des jeux qui…encouragent cette vision. 

Little Busters

Little Busters

Conclusion

 

Vous l’avez donc compris, les arguments du Japon pour défendre leur culture sont paradoxalement mauvais, tant ils viennent justement démontrer un malaise vis-à-vis de celle-ci. En diffusant la nouvelle sur Twitter, on en venait à se dire que le Japon se refusait d’avoir tort tant ce rapport ne fait que mettre en lumière une réalité: montrer que la violence sexuelle, ce n’est pas forcément une mauvaise chose, c’est juste dans sa démonstration que le message n’a finalement plus de sens. 

Pour avoir joué – et continuant ahahaha – à des eroges, il faut se mettre en tête qu’ils ne sont pas tous complètement détraqués. D’ailleurs, je tiens sur ce blog à montrer le meilleur…comme le pire. Que avant de voir une pluie de tuiles sur moi, je tiens à préciser que si j’ai volontairement globalisé, c’est que l’essentiel du marché ; sa face cachée – représente le gros de la production et que les bons eroges ne sont pas aussi nombreux qu’on le pense. D’ailleurs, ce rapport de l’ONU et sa réponse renforce mon idée de montrer qu’il y a aussi des choses cools derrière ces horreurs sans forcément oublier que le Japon joue volontairement le jeu de l’autruche. 

On finit sur une bonne note avec l’opening du jeu vidéo To Heart de Leaf. 

L’ONU condamne les eroges et leur traitement de la femme

The Fucking Rapport qui fait trembler la sphère otaku

The Fucking Rapport qui fait trembler la sphère otaku

Dans le fabuleux monde des eroges japonais, une nouvelle fait l’effet d’une bombe un peu partout sur internet – ou du moins chez les otakus : Un rapport de l’ONU prévoit l’interdiction des jeux érotiques japonais. Autant dire que ça ne passe pas inaperçu tant l’idée – pas complètement incohérente – se heurte aussi à moults inconvénients. Décryptage. 

Une  industrie qui n’est plus méconnue 

Il y a plusieurs mois je m’étais interrogé sur le fait que la pornographie vidéludique était l’un des grands oubliés du débat sur l’éducation numérique. Faut croire que mon interrogation n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd vu que l’ONU semble aussi s’en mêler. Si d’un côté on peut sembler outrer par ce rapport et le fait que ça intervienne de manière un peu inopinée, il faut aussi comprendre que le marché des eroges rassemble nombre de softs pas aussi sains qu’on le pense, et que la frontière du virtuel est souvent engagée. Même si on est ausi certain aujourd’hui qu’un jeu vidéo n’est pas à l’origine de tueuries sanglantes, qu’en est-il des jeux érotiques ?

Depuis plusieurs années, les eroges se vendent de plus en plus à l’étranger notamment via l’éditeur américain MangaGamer. Mais aussi, les sites japonais se sont de plus en plus ouverts à l’occident pour la vente de leurs jeux et il est donc très facile de se procurer des eroges via un équivalent d’Amazon Jap (qui lui ne vend plus de jeux à l’étranger depuis le scandale de Rapelay en 2010). Mais pour revenir à MangaGamer, les eroges devienennt de plus en plus accessibles via la langue anglaise et se taillent donc une réputation sur un marché souvent frigide concernant les contenus pornographiques. C’est peut-être ça qui pose, d’une manière générale, plus problème d’un point de vue moral : le porno a toujours été vu comme quelque chose de sale, dégueulasse et malsain. Si on est conscient que ce n’est pas le type de films à mettre entre les mains d’un enfant, l’industrie pornographique est un marché lucratif grâce à Internet. Pour les eroges, c’est la même chose : ce type de jeu ne se vendant pas sur le territoire américain, MangaGamer se sert d’Internet pour vendre ses jeux around the world. Sans problème.

D’un autre côté, il est intéressant de voir que le marché des jeux érotiques japonais soit enfin au coeur d’une problématique parce que le fait que le reste du monde ferme complètement les yeux dessus est une chose abérrante. Notamment parce que le scandale Rapelay il y a six ans ne semblait pas avoir bousculé la physionomie du marché ; tout juste Illusion Soft, la société à l’origine du jeu, avait alors retiré le jeu à la vente du Japon et fermé son site à l’international. Soluton ô combien drastique quand on sait que la société a continué à produire des jeux érotiques et les vendre au Japon. 

L'ONU condamne les eroges et leur traitement de la femme

Des résultats qui ne seront pas ceux souhaités

 

Si vous avez déjà joué à un eroge, le traitement de la femme dans ce type de jeu n’a surement pas dû vous échapper. Si c’est le cas, un tour chez le psy serait un bien. J’anticipe déjà l’argument de comme quoi c’est du virtuel c’est forcément différent que dans la vraie vie. C’est vrai. Admettons aussi que le fantasme du viol et de certaines pratiques hadcore fassent partie de l’imaginaire humain. C’est de nouveau vrai. Mais là où les féministes peuvent se plaindre c’est que trop peu de jeux donnent une image positive de la femme. Même les otoges sont rarement des jeux proposant une romance sympathique avec quelques scènes olé-olé. Très souvent, cela tourne au viol de la pauvre héroïne qui aura juste le tord d’être un peu débile. 

Je pense que c’est surtout ça qui choque l’ONU et quelques associations. Que ces jeux renvoient une image souvent très négative de la femme et que celle-ci soit conditionné à aimer leur violeur au bout du compte. C’est ce schéma, complètement burlesque qui choque plus que réellement le côté sexuel de la chose. Et d’avantage que de condamner, ne serait-il pas plus cohérent de faire évoluer les eroges dans le bon sens ? Parce que, soyons honnête, il y a assez peu de chance que le marché des eroges s’écroule, même après une décision de l’ONU. Le risque, à mon sens, c’est de voir le Japon fermer sa culture au reste du monde, limite en condamnant des sorties de jeux qui pourraient – à leur sens – être épinglés par l’étranger. 

Je ne pense vraiment pas que ce soit la solution idéale tant celle-ci risque surtout de provoquer l’effet inverse. Une sorte d’incompréhension et de censure d’un pays qui ne cesse, ces dernières années, à s’imposer culturellement en occident. Et quid des relations avec les éditeurs ? Parce que culturellement, ce rapport peut aussi provoquer, sur le long terme, une fermeture culturelle du Japon. 

L'ONU condamne les eroges et leur traitement de la femme

Conclusion 

 

Si d’un point de vue moral et concernant l’éducation numérique, ce rapport fait un grand pas dans la reconnaissance d’un type de jeu potentiellement malsain dans de mauvaises mains ; autant les effets prévus pourraient se révéler purement catastrophiques. Loin de moi dans l’idée de protéger l’industrie juste parce que je suis une otaku ; simplement il faut être réaliste : le débat tombe comme sur le sujet de la violence dans les jeux vidéo sauf que c’est sur le sexe. Et que ces jeux, en dehors du Japon, ne sortent pratiquement pas. 

Sexe et jeux vidéo : un tabou pas si simple

Du moins en occident. En Asie, et particulièrement sur l’archipel Nippon, faire des jeux érotiques n’a rien de bien alarmant. C’est même devenu un marché de niche ultra prolifique qui s’affiche sans tabou dans les rues commerciales. Pour autant, les occidentaux tirent la même tête : à savoir que ce type de jeux est souvent malsain. Mais qu’en est-il vraiment ?

Little Busters de Key

Little Busters de Key

Si la production de eroges au Japon fonctionne aussi bien, c’est pour plusieurs raisons : 

En majorité, ces jeux sont sous la forme de visual novels, des romans interractifs si vous voulez. Ce sont des jeux qui ne demandent pas de grosses capacités de développements. D’ailleurs, les sociétés sont souvent composées de moins de 10 salariés. Tout l’inverse d’une entreprise comme SquareEnix et ses centaines d’employés dispatchés dans le monde. 

Ce sont des deux jeux qui coûtent peu cher à produire. Il existe quelques exceptions comme la société Illusion Soft (mais si vous savez, ceux qui ont fait scandale il y a 5 ans avec Rapelay) qui produit des jeux en 3D. Mais généralement, en plus d’un design manga, le tout reste en 2D. 

De ce fait, il suffit d’avoir un bon coup de crayon et d’embaucher quelques nanas pour faire les voix (parait-il, ce sont souvent des lycéennes qui veulent arrondir leurs fins de mois…le plot de départ du manga/anime koe de oshigoto ! en passant) pour réaliser votre oeuvre.

De ce fait, même si les ventes ne seront pas extraordinaires (entre 1000 et 5000 exemplaires), elles sont suffisantes pour garantir la péreinité de ce type de soft. Les plus gros titres, comme Fate/stay night se vendent à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires. Il est cependant assez compliqué de trouver des chiffres parlants, du fait que la production se concentre presque uniquement au Japon.

Fate/stay night, dont on oublie trop souvent son origine

Fate/stay night, dont on oublie trop souvent son origine

En réalité, dans le fabuleux monde du Dojin1le sexe est une donnée importante à prendre en considération quand on décide de percer dans ce milieu très concurentiel. Il existe plusieurs centaines de sociétés qui font des eroges ; pour des publics tout autant variés : hommes principalement mais aussi femmes. Chez les hommes, le marché est encore plus diversifié vu qu’il existe à chaque fois des eroges selon leurs contenus :

Les galges (ou bishojo games) sont des jeux de drague pour garçons. Les galges ne comportent pas forcément des scènes de sexe. Cependant, difficile de cacher que les jeux sans scènes chaudes ne touchent pas le même public. 

Les nukuges n’ont aucun but à part multiplier les scènes de sexe, sans scénario.

Les nakiges sont à l’inverse des jeux dont l’objectif est d’émouvoir le joueur au moyen d’un scénario larmoyant. 

Pour les femmes, un seul terme existe pour désigner les jeux de drague : les otomes games. Ceux-ci ne sont pas pornographiques ; seulement le penchant chaud de ces jeux existe. On les appelle généralement des otoges, contraction de otome et eroge. Majoritairement, les otoges restent des jeux de drague traditionnels où l’on doit séduire le garçon de son choix. 

Akazukin to Mayoi no Mori : un otoge plutôt réussi.

Akazukin to Mayoi no Mori : un otoge plutôt réussi.

Pornographie médiatique

 

Pour ceux qui découvrent, souvent avec stupéfaction, que leur anime du moment est tiré d’un jeu érotique, les réactions sont mitigés. Certains sont choqués, d’autres amusés. Tout dépend du contenu en lui-même et de l’orientation du soft d’origine. J’avais trouvé par exemple que le fait de balancer une version érotique pour Little Busters ! bien trop mal amené par rapport au jeu et son scénario. En réalité, cette nouvelle version (agrémenté d’une nouvelle héroïque quasi capitale pour le scénario…) venait surtout attenuer les diverses critiques du jeu original et de l’orientation par trop « tout public » de Key. 

On se rend compte donc assez vite que la pornographie est une affaire d’argent et que l’absence totale de tabou dans les médias permet donc à celle-ci de devenir une variable économique dans la vente d’un visual novel. De même que si les produits dérivés (manga, anime, voire même une sortie sur console du jeu)  se vendent très bien ; le chemin inverse, à savoir de sortir un jeu tout public puis en version érotique est beaucoup moins évident. Probablement parce que médiatiquement, cela doit être beaucoup plus simple de vendre un jeu en tenant compte du marché de niche plutôt que de le délaisser. 

Alors, il existe toujours des exeptions dans cette équation. Clannad en es l’exemple type d’un jeu qui s’est vendu à plusieurs milliers d’exemplaires tout en devenant une référence du genre. Mais c’est sans compter le fait que quelques moins plus tard Tomoyo After – It’s a wonderful life – sortait dans une version érotique. Mais si Clannad a autant fonctionné, il reste assez à part dans son traitement médiatique. Sans compter que Key s’était déjà fait une solide réputation avec ses précédents titres.

Hikari no Valusia et ses dessins magnifiques...et encore un eroge !

Hikari no Valusia et ses dessins magnifiques…et encore un eroge !

Pornographie de l’horreur

 

Mais ce qui risque d’avantage de choquer le nouveau venu dans l’étrange monde des visuals novels, c’est l’absence de limite en matière de contenus sexuels. On pointe très justement les pratiques par trop extrème du porno gonzo2 car représentatif d’une sexualité brutale, sans plaisir et sans consentement. Dans le fabuleux monde des eroges, la limite n’est plus donnée par la condition humaine ou la morale, mais par le simple fait que ce soit de la fiction pure, et sous une forme dont on ne peut que facilement se détâcher. 

C’est peut-être le principal drame des eroges, c’est que le cadre est purement virtuel, et n’importe qui peut mettre en scène les scènes les plus malsaines et glauques sans être sujet à problèmes. En fait, les sociétés qui font des eroges un peu trop limites n’hésitent pas à indiquer sur la boite du jeu que tous les protagonistes ont bien 18 ans. Dans les faits, on est loin du compte lorsqu’on s’intéresse d’un plus près à certains titres. Cette mascarade permet aux eroges de continuer à proliférer en masse sans se faire inquiéter par les instances japonaises de plus en plus restrictives. 

Il y eu en effet un évènement qui fit prendre conscience au Japon de son industrie pornographique part trop borderline. Vous devez sûrement connaître ce fameux jeu puisque le scandale est arrivé jusqu’en Europe. On parle bien évidemment de Rapelay d’Illusion Soft. Et il faut avouer qu’avec un titre aussi racoleur, l’ampleur du scandale ne pouvait que toucher le public occidental non habitué à ce type de soft. Résultat de l’affaire : le jeu fut carrément retiré des ventes au Japon et Illusion décida de fermer les portes de son site à l’occident pour ne plus avoir affaire à notre sacro-sainte société. 

Tears to Tiara, d'abord un TRPG érotique puis une déclinaison sur des supports multiples

Tears to Tiara, d’abord un TRPG érotique puis une déclinaison sur des supports multiples

Pour autant, les eroges ont fini, par le temps, à percer en occident, principalement par l’éditeur MangaGamer (pas de lien, c’est NSFW ). Se destinant principalement à un public de niche, l’éditeur progresse depuis quelques temps sur des versions physiques de leurs jeux tout en ne délaissant pas les versions dématérialisées. Beaucoup moins chères que les versions boites, elles permettent au marché occidental de se munir de cette culture pornographique ultra niché.

Pour autant, il ne faut pas oublier que cela reste des jeux où le viol est omniprésent, que cela reste une pornographie souvent fantasmée avec des ressorts violents à ne pas mettre entre toutes les mains. Faites cependant bien attention : la pédopornographie est fermement condamner en France et dans une très large majorité des pays. Tout le monde n’a pas la prétention de faire la part des choses en matière de pornographie et il reste important de savoir dans quoi on met les pieds.

1 Dôjin : désigne les productions amateurs, que ce soit en manga, anime ou jeux vidéo 

2 Porno Gonzo : pornographie principalement amateur

Sexe et jeux vidéo : un tabou pas si simple