Kaze Hikaru, le vent qui emporte la grande Histoire

Kaze Hikaru, le vent qui emporte la grande Histoire

L’Histoire Japonaise est une source d’inspiration sans faille. La période du Bakumatsu encore plus, du fait que ce fut des années charnières dans l’évolution du Japon moderne. Pour autant, le symbole de cette époque trouble est souvent imagée par un groupe de guerriers qui se sont battus sans relâche pour défendre leur honneur de samouraï : Le Shinsengumi. 

Pour ceux qui n’ont jamais lu Kenshin Le Vagabond, ni même PeaceMaker Kurogane, le Shinsengumi est une police spéciale qui a oeuvré durant plusieurs années à Kyoto pour faire reigner l’ordre. La popularité de ce groupe composés essentiellement de rônin s’est étendue bien après son existence par le biais de romans, films, dramas, manga, animés et jeux vidéo. Dans un prochain article, je vous parlerai plus en détail des diverses oeuvres autour de cette milice. En attendant, attardons-nous sur un manga shôjo assez atypique : Kaze Hikaru.

Ce manga de Taeko Watanabe est en cours de publication depuis 1997. Sur Wikipédia, il est marqué que le manga s’est terminé en 2012, or celui-ci semble toujours en cours de publication selon diverses sources. Actuellement une trentaine de volumes est sorti mais aucun éditeur français s’est intéressé à cette oeuvre. Ce qui est bien dommage tant le manga réussi le pari de proposer une adaptation historique relativement fidèle.

Kaze Hikaru, le vent qui emporte la grande Histoire

Kaze Hikaru raconte l’histoire de Tominaga Sei, une jeune fille qui a perdu sa mère très tôt mais qui vit avec son père, médecin de profession et son frère avec qui elle partage la passion de la voie du Samouraï. Cependant, son père et son frère sont tués devant ses yeux par des membres de la faction du Choshu, un clan impérialiste. Elle est sauvée à ce moment là par Okito Soji, membre du Shinsengumi. Par la suite, Sei abandonne son identité pour prendre celle d’un garçon, Kamiya Seizaburo et de rentrer au sein du Shinsengumi

Notre héroïne n’hésite pas, avec une grande bravoure, de réduire le peu de féminité qui lui reste en adoptant notamment la coupe de cheveux d’un homme. Cependant, après une altercation avec Okita, ce dernier découvre qu’elle est une fille. Mais loin de la punir (ce qui aurait dû être le cas), il décide de la couvrir et de l’aider à se venger de sa famille. 

De son côté, Kamiya fait preuve de courage en cachat délibéremment son sexe et en s’imposant comme un vrai membre du Shinsengumi. Pourtant Okita essaie, par tous les moyens, de la faire sortir du groupe et qu’elle puisse retourner à une vie de femme. En effet, notre héroîne grandit petit à petit et devient peu à peu une femme, ce qui rend sa présence de plus en plus compliqué au sein de la structure. Mention spéciale quand Kamiya a ses règles pour la première fois. 

Les premières règles de l'héroïne

Les premières règles de l’héroïne

L’amour, ce fardeau

Le grand drame de Kamiya, c’est que peu à peu elle n’arrivera plus à supporter ce fardeau d’être un garçon. C’est là toute l’intensité du manga qui réussi à casser au fur et à mesure la nature de l’héroïne. Si au départ elle assume complètement d’être un garçon, force est de reconnaître que l’amitié qu’elle a pour Okita va progressivement évoluer vers un amour réciproque…mais non voulu par ce dernier. 
Pour autant, c’est par sa faute que Kamiya reste puis qu’elle préfère rester comme homme auprès de lui plutôt que revenir à une existence paisible – et par conséquence loin de lui. A l’inverse, Okita ne supporte pas de la voir souffrir et d’affronter son rôle au Shinsengumi où elle est constamment en danger. Par ailleurs, on se rend compte assez vite que cette situation ne pouvait qu’être prévisible, surtout en l’état où Okita fut le seul à savoir, pendant plusieurs années, la vraie nature de Kamiya. 
Du côté de Kamiya, si on peut comprendre qu’elle ne veut pas abandonner Okita, on se rend compte assez vite qu’elle est capable de donner sa vie pour lui. L’amour qu’elle nourrit pour lui devient peu à peu malsain et finalement tragique : très vite, cette relation devient profondément marqué par une barrière immense qui sépare les deux êtres. Kamiya, amoureuse, est incapable de voir qu’elle ne pourra jamais espérer d’Okita une vie normale. Okita, amoureux mais désespéré, ne cherche qu’à la protéger tout en l’éloignant progressivement d’elle.
L'amour réciproque impossible. Et profondément tragique

L’amour réciproque impossible. Et profondément tragique

Un triangle amoureux par désespoir

Pour ceux qui connaîtrait la destinée du Shinsengumi, on se rend assez vite compte que l’auteur joue habilement sur le destin tragique de nos héros. Enfin plutôt de son héros, Okita Soji. Car s’il a des raisons personnelles de refuser l’amour de Kamiya, il n’hésite pas, en découvrant que l’un de ses camarades, Saito Hajime, nourri des sentiments pour elle, de débloquer la situation. Enfin croit-il bien faire…

En effet, Saito a la particularité de ressembler physiquement au frère de Sei. Une étrangeté qui rend sa relation avec Kamiya complexe. C’est aussi ce qui empêche Sei de tomber amoureuse de lui. C’est ce qui rend aussi ce triangle amoureux désespérant puisque Okita ne cesse de pousser le couple à se former, ne cessant dire à Kamiya qu’il serait bien meilleur que lui. 

Pour le reste, il faudra s’en tenir qu’au 20 premiers volumes puisque le reste des chapitres est éparpillé sur le web. Cependant, l’auteur semble bien suivre la réalité historique, à savoir que Okita contracte bel et bien la turberculose. D’un autre côté, si les 15 premiers volumes sont suffisamment attractifs, la série perd petit à petit son souffle. D’autant plus que l’histoire du Shinsengumi est profondément tragique, notamment pour le personnage d’Okita, l’un des membres les plus populaires pour son génie du sabre, sa jeunesse mais aussi sa destinée. Il mourru à l’âge de 25 ans en continuant de croire en la voie du guerrier et sans savoir que Kondo, qu’il considérait comme un père, était mort. 

Kondo et Okita.

Kondo et Okita.

Celui qu’on appelait le mal rouge

 

Même si Kaze Hikaru possède des défauts – notamment son incroyable longueur – la série réussi le pari de proposer une vision de l’histoire du Shinsengumi historico-réaliste ; à savoir que l’on plonge avec beaucoup d’intérêt dans cette époque trouble, ses moeurs et ses codes. Le manga ne fait pas dans la dentelle même si les membres du Shinsengumi sont traités de manière sympathique par rapport aux faits historiques. 

De même, le personnage de Sei, plutôt atypique par son comportement, permet également de donner une vision de la femme de l’époque. A savoir que la voie du guerrier est seulement réservée aux hommes et qu’une femme seule n’a qu’une seule arme : son corps. L’héroïne refuse cette vie et préfère mentir sur son existence, d’abord par vengeance, puis par amour. 

Enfin, tout l’intérêt de Kaze Hikaru, c’est de mettre en lumière le personnage de Okita et lui offrir un vrai rôle, loin d’être simplement le troisième homme du Shinsengumi. L’auteur a choisi de lui donner le rôle d’un homme qui dédie sa vie à la voie du samouraï et à la protection du Shinsengumi. Cette image est assez similaire à celle du personnage dans PeaceMaker Kurogane où il cache sa maladie pour garder son honneur. Pourtant, il n’est qu’une personne parmi tant d’autres qui sont décédés de la tuberculose, maladie qu’on surnommait à cette époque le mal rouge. Mais cette tragédie est ce qui rend cette figure légendaire belle. 

Kaze Hikaru, le vent qui emporte la grande Histoire